Procédures collectives

Appel d'une créance fixée à votre passif : trois mois sans conclure et le recours est perdu définitivement

Cour d'appel de Montpellier, Chambre commerciale, 7 octobre 2026, n° RG 25/05249

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani
6 min de lecture
La réponse en bref

Celui qui fait appel dispose de trois mois à compter de sa déclaration d'appel pour déposer ses conclusions au fond. Passé ce délai, l'appel est caduc : il disparaît, le jugement attaqué devient définitif et aucune discussion sur le fond n'est plus possible. Le juge peut prononcer cette caducité d'office.

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Une société placée en procédure collective conteste la créance de 18 347,98 € fixée à son passif. Elle fait appel, puis ne dépose aucune conclusion. Trois mois plus tard, son appel est mort, et elle est condamnée à payer 1 500 € à son adversaire.

Sommaire

Fiche technique

Juridiction

Cour d'appel de Montpellier, Chambre commerciale

Numéro

n° RG 25/05249

Solution

Ordonnance d'incident

Chronologie de la procédure

23 septembre 2025

Le tribunal de commerce de Perpignan fixe la créance du fournisseur à 18 347,98 € au passif de la société de travaux.

27 octobre 2025

La société débitrice interjette appel du jugement.

22 décembre 2025

L'intimée dépose des conclusions d'incident pour faire déclarer l'appel irrecevable.

27 janvier 2026

Expiration du délai de trois mois de l'article 908 : l'appel devient caduc, faute de conclusions au fond.

10 juillet 2026

Date limite fixée à l'appelante pour présenter ses observations sur la caducité soulevée d'office. Aucune réponse.

2 septembre 2026

Audience sur incident devant le magistrat de la mise en état.

7 octobre 2026

Caducité de l'appel prononcée ; la société est condamnée aux dépens et à 1 500 € au titre de l'article 700 du CPC.

Ce que cette décision change pour vous

Faire appel ne suffit pas. La déclaration d’appel n’est que le ticket d’entrée : si vous ne déposez pas vos conclusions au fond dans les trois mois qui suivent, votre appel tombe de lui-même. On parle de caducité. Concrètement, c’est comme si vous n’aviez jamais fait appel : le jugement de première instance devient définitif et vous ne pouvez plus le contester.

Cette sanction est automatique dans son principe. Elle ne dépend pas de la gravité de votre dossier, ni de la solidité de vos arguments, ni du fait que votre adversaire s’en plaigne ou non. Le magistrat de la mise en état peut la soulever d’office, c’est-à-dire la relever lui-même, sans que personne ne la lui demande.

Le piège est particulièrement redoutable en procédure collective. Quand une créance est fixée à votre passif par un jugement, l’appel est souvent votre dernière chance de faire réduire le montant. Si l’appel devient caduc, la créance est définitivement inscrite, pour la totalité de la somme, et pèsera sur le plan de redressement ou sur la répartition en liquidation.

Dernier élément à ne pas négliger : la caducité ne vous met pas seulement hors jeu, elle vous coûte de l’argent. Ici, la société appelante a été condamnée aux dépens et à 1 500 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile. Elle paie donc les frais d’avocat de son adversaire pour un appel qui n’a jamais été jugé.

Si vous avez un appel en cours, vérifiez aujourd’hui la date de votre déclaration d’appel et la date de dépôt de vos conclusions. Si le troisième mois approche sans que rien n’ait été transmis à la cour, le dossier est en danger immédiat.

Les faits

Une société de travaux fait l’objet d’une procédure collective. Un fournisseur de véhicules industriels déclare une créance. Devant le tribunal de commerce de Perpignan, le mandataire judiciaire intervient volontairement à l’instance en cours, qui est reprise. Par jugement du 23 septembre 2025, le tribunal fixe la créance du fournisseur à 18 347,98 € au passif de la société débitrice.

La société de travaux fait appel le 27 octobre 2025.

L’intimée réagit vite. Dès le 22 décembre 2025, elle dépose des conclusions d’incident pour faire déclarer l’appel irrecevable. Elle soulève deux arguments : d’une part, la société débitrice a fait appel seule, sans son administrateur judiciaire, alors que l’appel aurait dû être formé conjointement dans le délai d’appel ; d’autre part, le mandataire judiciaire n’a pas été intimé, c’est-à-dire appelé à la procédure d’appel, alors que l’article R. 661-6 du code de commerce l’impose.

Le magistrat de la mise en état sursoit à statuer et invite l’appelante à s’expliquer, avant le 10 juillet 2026, sur un autre moyen qu’il entend soulever lui-même : la caducité de l’appel, faute de conclusions dans le délai de trois mois.

L’appelante ne répond rien. Ni sur l’incident soulevé par son adversaire, ni sur la caducité.

La question posée à la Cour

Que devient un appel lorsque la société qui l’a formé ne dépose aucune conclusion au fond dans le délai de trois mois, et ne répond même pas quand le juge l’alerte sur ce risque ?

Ce qu’a jugé la Cour

Le magistrat de la mise en état prononce la caducité de l’appel.

Le raisonnement tient en deux temps. D’abord, le constat du silence : l’appelante n’a conclu ni en réponse à l’incident, ni sur la caducité pourtant expressément portée à sa connaissance, avec un délai pour s’expliquer. Ensuite, le constat du manquement : la société n’a pas conclu au fond, au mépris de l’article 908 du code de procédure civile.

Article 908 du code de procédure civile : l’appelant dispose d’un délai de trois mois à compter de la déclaration d’appel pour remettre ses conclusions au greffe, à peine de caducité de la déclaration d’appel relevée d’office.

La caducité est datée précisément : trois mois après la déclaration d’appel du 27 octobre 2025, soit au 27 janvier 2026. L’appel était donc déjà mort avant même que l’incident soit plaidé. Tout ce qui a suivi — les débats du 2 septembre 2026, le délibéré — n’a servi qu’à en prendre acte.

À noter : les deux arguments de l’intimée tirés du droit des procédures collectives — appel formé sans l’administrateur judiciaire, mandataire non intimé — n’ont même pas eu à être examinés. La caducité les a rendus sans objet. Le vice de procédure le plus simple a emporté le dossier avant les discussions techniques.

La société appelante est condamnée aux dépens et à verser 1 500 € à son adversaire.

Les points clés à retenir
  • L'appelant a trois mois à compter de sa déclaration d'appel pour déposer ses conclusions au fond, sous peine de caducité de l'appel.
  • Le juge de la mise en état peut prononcer cette caducité d'office, sans demande de l'adversaire, après avoir invité l'appelant à s'expliquer.
  • L'appel caduc disparaît : le jugement fixant la créance au passif devient définitif et l'appelant supporte les dépens et les frais de l'adversaire.

Ce qu’il faut faire concrètement

Notez la date exacte de votre déclaration d’appel et inscrivez l’échéance des trois mois dans votre agenda, pas seulement dans celui de votre avocat. C’est votre argent et votre dossier qui sont en jeu.

Réclamez à votre conseil la copie du justificatif de dépôt des conclusions au greffe. Tant que ce document n’existe pas, considérez que le délai court toujours.

Quand le greffe ou le magistrat de la mise en état vous adresse une invitation à présenter des observations, répondez, même brièvement. Dans cette affaire, l’appelante a reçu un avertissement explicite et un délai pour s’expliquer. Le silence a scellé l’issue.

En procédure collective, vérifiez avant tout appel qui doit agir et qui doit être attrait à l’instance. Selon la procédure ouverte, l’appel peut devoir être formé avec l’administrateur judiciaire, et le mandataire judiciaire doit être appelé en cause. Ces vérifications se font au moment de la déclaration d’appel, pas trois mois plus tard : passé le délai d’appel, la plupart de ces erreurs ne se rattrapent plus.

Si votre société est en difficulté et que vous hésitez à poursuivre un appel coûteux, tranchez vite. Laisser mourir un appel par inaction n’est pas gratuit : vous paierez les dépens et une indemnité à l’adversaire. Un désistement maîtrisé coûte généralement moins cher qu’une caducité subie.

Enfin, surveillez le contenu de vos conclusions autant que leur date. Déposer dans les trois mois un document qui ne contient pas de moyens au fond ne protège pas : ce sont des conclusions au fond que le texte exige.

Questions fréquentes

J'ai fait appel, est-ce que ça suffit pour bloquer le jugement ?

Non. La déclaration d'appel ouvre la procédure, elle ne la soutient pas. L'appelant doit déposer des conclusions au fond dans les trois mois qui suivent sa déclaration. À défaut, l'appel est caduc : il est anéanti et le jugement de première instance devient définitif, sans qu'aucun juge n'ait examiné vos arguments.

Le juge peut-il annuler mon appel si mon adversaire ne demande rien ?

Oui. La caducité pour défaut de conclusions dans les trois mois peut être relevée d'office par le magistrat chargé de la mise en état. Il invite généralement l'appelant à s'expliquer avant de statuer. Si l'appelant ne répond pas à cette invitation, la caducité est prononcée, même en l'absence de toute demande de l'adversaire.

Mon appel est caduc : puis-je refaire appel du même jugement ?

En pratique, non. Le délai d'appel est généralement expiré au moment où la caducité est prononcée, puisque celle-ci intervient au moins trois mois après la déclaration d'appel. Le jugement devient alors définitif. C'est pourquoi le respect du délai de conclusions est déterminant : il n'y a pas de seconde chance.

Une créance fixée à mon passif peut-elle encore être contestée après la caducité de l'appel ?

Non. Le jugement qui fixe la créance au passif devient définitif. Le montant retenu s'impose pour la suite de la procédure collective : il sera pris en compte dans le plan de redressement ou dans les répartitions en liquidation. La contestation du montant n'est plus possible.

Combien peut me coûter un appel abandonné sans conclure ?

Au minimum les dépens et une indemnité de frais d'avocat au profit de l'adversaire. Dans cette affaire, la société appelante a été condamnée à 1 500 € au titre de l'article 700 du code de procédure civile, en plus des dépens, pour un appel qui n'a jamais été examiné au fond.

Mots-clés

caducité de l'appel article 908 CPC procédure collective admission de créance mise en état appel mandataire judiciaire

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

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Maître Jeremy Maruani

Avocat au Barreau de Paris · Droit des affaires

Spécialisé en droit des affaires, procédures collectives et contentieux commercial, Maître Maruani accompagne les dirigeants et entreprises dans leurs litiges et stratégies juridiques.

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