Assignation URSSAF redressement judiciaire

Assignation de l'URSSAF en redressement ou liquidation judiciaire

Un commissaire de justice vous a remis une assignation. Voici ce qu'elle signifie, ce que le tribunal va vérifier, et ce qui peut encore être fait avant l'audience.

JEM-AVOCAT Cabinet d'avocats
Maître Jeremy Maruani
Me Jeremy Maruani
Avocat au Barreau de Paris
Maître Jeremy Maruani

La réponse en bref. Une assignation de l'URSSAF est une demande adressée au tribunal, pas une décision. Le tribunal doit vérifier lui-même la cessation des paiements et, pour liquider, que le redressement est manifestement impossible. Trois issues restent ouvertes : le rejet, un redressement judiciaire, ou la liquidation. Un échéancier signé avant l'audience fait disparaître le fondement de la demande.

Ce que l'URSSAF demande exactement

La formule qui figure sur la plupart de ces actes est la suivante : ouverture d'une liquidation judiciaire à titre principal, et d'un redressement judiciaire à titre subsidiaire. Elle signifie que l'URSSAF estime le redressement manifestement impossible, tout en laissant au tribunal la possibilité de retenir l'inverse.

Pour le dirigeant, cette formulation commande la défense : il faut se préparer sur deux fronts. D'abord contester la cessation des paiements elle-même, ce qui conduit au rejet pur et simple. À défaut, démontrer que des perspectives de redressement existent, ce qui écarte la liquidation au profit d'un redressement judiciaire.

L'URSSAF tire ce droit d'agir des articles L.631-5 et L.640-5 du Code de commerce, qui ouvrent la procédure « sur l'assignation d'un créancier, quelle que soit la nature de sa créance ».

Les trois issues possibles de l'audience

IssueConditionConséquence pour l'entreprise
Rejet de la demande La cessation des paiements n'est pas caractérisée : l'actif disponible couvre le passif exigible, ou un moratoire a été obtenu Aucune procédure ouverte. L'entreprise poursuit son activité normalement
Redressement judiciaire Cessation des paiements caractérisée, mais le redressement n'est pas manifestement impossible Gel des dettes antérieures, arrêt des poursuites, période d'observation, puis plan d'apurement sur dix ans au plus
Liquidation judiciaire Cessation des paiements et redressement manifestement impossible Dessaisissement du dirigeant, cessation de l'activité en principe, réalisation des actifs
Le point décisif. Entre le redressement et la liquidation, tout se joue sur trois mots : « manifestement impossible ». Ce n'est pas au dirigeant de prouver que l'entreprise est sauvable ; c'est l'impossibilité du redressement qui doit être manifeste. Un carnet de commandes, un apport en compte courant, une créance à recouvrer suffisent souvent à écarter ce caractère manifeste.

Les délais à connaître

DélaiPoint de départTexte
Date d'audience Indiquée sur l'assignation remise par le commissaire de justice À lire en premier
45 jours pour déclarer la cessation des paiements La date de cessation des paiements, sauf demande de conciliation dans ce délai L.631-4 C. com.
10 jours pour faire appel du jugement La notification du jugement R.661-3 C. com.
1 an : délai au-delà duquel l'assignation est irrecevable Radiation du RCS, cessation d'activité ou publication de l'achèvement de la liquidation L.631-5 et L.640-5 C. com.
2 mois pour saisir la commission de recours amiable La notification de la mise en demeure contestée Contentieux distinct, devant le pôle social

Les six moyens de défense à examiner

1. Négocier un échéancier avant l'audience

C'est la voie la plus directe, et elle repose sur un texte précis. L'article L.631-1 du Code de commerce dispose que « le débiteur qui établit que les réserves de crédit ou les moratoires dont il bénéficie de la part de ses créanciers lui permettent de faire face au passif exigible avec son actif disponible n'est pas en cessation des paiements ».

Autrement dit : un plan d'apurement signé avec l'URSSAF ne se contente pas d'apaiser le créancier, il fait disparaître la condition légale sur laquelle repose la demande. En pratique, l'URSSAF subordonne l'échéancier au règlement préalable de la part salariale des cotisations, celle qui a été précomptée sur les salaires.

2. Contester la cessation des paiements

La cessation des paiements est l'impossibilité de faire face au passif exigible avec l'actif disponible. Deux notions techniques, et deux terrains de discussion : une dette contestée n'est pas nécessairement exigible ; une ligne de crédit mobilisable, une créance client à échéance courte ou un apport en compte courant entrent dans l'actif disponible.

3. Vérifier la recevabilité de l'assignation

Deux irrecevabilités sont à contrôler systématiquement, parce qu'elles règlent le litige sans débat sur le fond. D'une part, l'existence d'une conciliation en cours : les articles L.631-5 et L.640-5 ne permettent l'assignation d'un créancier que « lorsqu'il n'y a pas de procédure de conciliation en cours ». D'autre part, le délai d'un an après cessation d'activité ou radiation.

4. Contester la créance devant le pôle social

Le montant réclamé se discute devant la commission de recours amiable de l'URSSAF, puis devant le pôle social du tribunal judiciaire. Ce contentieux est distinct de celui de l'assignation et avance en parallèle : le tribunal saisi de l'assignation ne tranche pas le bien-fondé de la dette. Une contestation sérieuse et documentée pèse néanmoins sur son appréciation du passif exigible.

5. Demander la remise des majorations

Les majorations et pénalités peuvent faire l'objet d'une remise gracieuse. L'article R.243-20 du Code de la sécurité sociale en fixe la condition : la demande n'est recevable qu'après règlement de la totalité des cotisations concernées, ou lorsque le cotisant a souscrit un plan d'apurement. Dans ce second cas, la remise peut être accordée avant paiement, mais « n'est toutefois acquise que sous réserve du respect du plan ».

6. Prendre l'initiative : le redressement comme outil de restructuration

C'est le point que la plupart des dirigeants découvrent trop tard, et celui qui change le plus souvent l'issue d'un dossier. Lorsque la dette est trop lourde pour un échéancier, le redressement judiciaire n'est pas la défaite : c'est le seul outil qui permette d'étaler l'intégralité du passif sur dix ans sans intérêts, et de l'imposer à des créanciers qui n'ont pas leur mot à dire sur les délais.

Ce que le redressement gèle, et ce qu'il étale

Le jugement d'ouverture produit trois effets immédiats. Il arrête les poursuites individuelles des créanciers. Il gèle toutes les dettes antérieures — pas seulement l'URSSAF : la TVA et l'impôt sur les sociétés, les fournisseurs, les concours bancaires, les loyers arriérés. Et il arrête le cours des intérêts légaux comme conventionnels, ainsi que des intérêts de retard et des majorations (article L.622-28 du Code de commerce) — à l'exception des prêts conclus pour un an ou plus, dont les intérêts continuent de courir.

Vient ensuite le plan. Sa durée est fixée par le tribunal et ne peut excéder dix ans (article L.626-12 du Code de commerce). Et surtout, pour les créanciers qui n'ont rien accepté, le tribunal impose des délais uniformes de paiement (article L.626-18). Le mot compte : imposés. Un fournisseur, une banque, le Trésor public ne peuvent pas refuser l'étalement. Le premier paiement intervient dans l'année, chaque annuité représente au moins 5 % de chaque créance à partir de la troisième année et 10 % à partir de la sixième.

Ce que cela représente concrètement. Prenons un passif d'un million d'euros. Un dirigeant qui emprunterait cette somme pour solder ses dettes, sur dix ans à 5 %, rembourserait 10 607 € par mois, soit 1 272 786 € au total : 272 786 € d'intérêts versés à la banque. Le même passif étalé sur dix ans dans un plan de redressement représente 8 333 € par mois et 1 000 000 € au total. L'écart, 272 786 €, ne part pas chez un prêteur : il reste dans l'entreprise. Encore faut-il obtenir le prêt, ce qu'une entreprise en difficulté obtient rarement.

Le plan est progressif : 90 000 € au lieu de 381 836 € sur trois ans

Un plan de redressement ne fait pas payer le même montant chaque année, et c'est le texte lui-même qui l'organise. L'article L.626-18 du Code de commerce ne fixe que des planchers, et il les fait courir tard : « le montant de chacune des annuités prévues par le plan, à compter de la troisième, ne peut être inférieur à 5 % de chacune des créances admises, et, à compter de la sixième année, à 10 % ».

Il faut lire la formule au mot près. Le plancher de 5 % s'applique à compter de la troisième annuité : les deux premières n'en ont aucun. La seule contrainte qui les concerne est que le premier paiement intervienne dans l'année, sans montant minimum. Autrement dit, sur les trois premières années, le minimum légal n'est pas de 5 % par an — c'est 5 % en tout, porté par la seule troisième annuité.

Année du planPlancher fixé par la loiSur un passif d'un million d'euros
1re et 2eAucun — seulement un premier paiement dans l'annéeMontant libre, souvent symbolique
3e à 5e5 % de chaque créance admise50 000 € par an
6e à 10e10 % de chaque créance admise100 000 € par an

Prenons un plan progressif sur un passif d'un million d'euros : 2 % la première année, 2 % la deuxième, 5 % la troisième. Le plancher légal n'oblige à rien avant la troisième annuité, puis impose 5 %. En face, le même million emprunté sur dix ans à 5 % : la banque réclame 10 607 € par mois, dès le premier mois, soit 127 279 € par an.

AnnéePlan de redressementPrêt bancaireÉcart sur l'annéeTrésorerie cumulée
1re2 % — 20 000 €127 279 €107 279 €107 279 €
2e2 % — 20 000 €127 279 €107 279 €214 557 €
3e5 % — 50 000 €127 279 €77 279 €291 836 €
Total90 000 €381 836 €291 836 € conservés

Ce que cela veut dire pour le dirigeant. Sur les trois premières années, l'entreprise verse 90 000 € au lieu de 381 836 € : une charge moyenne de 2 500 € par mois contre 10 607 €. La différence, 291 836 €, n'est pas une économie comptable : c'est de la trésorerie que l'entreprise conserve et dont elle dispose librement — payer ses fournisseurs comptant et retrouver leur confiance, reconstituer un stock, recruter, investir, ou simplement cesser de vivre à découvert.

Et cette trésorerie arrive au moment exact où elle manque. Le prêt, lui, exige le plus gros effort la première année, celle où l'entreprise sort à peine de ses difficultés — à supposer qu'une banque accepte de prêter un million à une entreprise qui vient d'être assignée.

Ce n'est pas de la théorie

Un plan progressif, correctement présenté et appuyé sur des perspectives documentées, est adopté. Le cabinet en a obtenu un devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence, le 18 décembre 2025, au bénéfice d'une SCI dont le tribunal avait pourtant ordonné la liquidation.

Près de cinq millions d'euros de passif déclaré ont été étalés sur dix ans, sans intérêts, selon un échéancier annuel progressif :

Année1 et 23 et 45678910
Part du passif2 %5 %6 %10 %12 %15 %21 %22 %

2 % la première année, 2 % la deuxième. Pendant plus de deux ans, le remboursement est donc quasiment nul. C'est exactement le temps qu'il faut à une entreprise pour se redresser et reconstituer sa trésorerie avant que les annuités ne montent. La cour a en outre gelé le remboursement des comptes courants d'associés pour toute la durée du plan, et rendu le bien inaliénable.

Cette décision est publiée avec sa juridiction, sa date et son numéro de rôle : liquidation infirmée, plan de redressement sur dix ans.

Deux précisions, parce qu'elles décident de ce qui est réellement obtenu.

Les planchers ne sont pas le plan. Additionnés, ils ne couvrent que 65 % du passif : 5 % pendant trois ans, puis 10 % pendant cinq ans. Les 35 % restants doivent être réglés dans la durée du plan, ce qui alourdit les dernières annuités. L'effort est différé, pas effacé — mais différé sans intérêts, et il arrive quand l'entreprise a retrouvé des marges, à l'inverse d'un prêt qui exige le plus gros effort au moment où la trésorerie est au plus bas.

Le minimum légal n'est pas un dû. C'est le tribunal qui arrête le plan, au vu des perspectives de l'entreprise et de l'avis du mandataire judiciaire. Un démarrage très bas se défend : il se démontre, projections à l'appui. C'est précisément le travail de construction du plan, et ce qui sépare un plan accepté d'un plan refusé.

Le levier que peu de dirigeants connaissent : délais imposés, remises négociées

L'architecture des articles L.626-5 et L.626-18 du Code de commerce ouvre une possibilité que le plan peut exploiter. Les délais s'imposent aux créanciers ; les remises, elles, se négocient : le tribunal ne fait que donner acte de celles que les créanciers ont acceptées.

D'où une proposition que le plan peut soumettre à chaque créancier, sous forme d'option :

OptionCe que le créancier perçoitQuand
Option 1 — paiement accéléré avec remise Une fraction de sa créance, de l'ordre de 30 %, valant solde de tout compte Dans l'année
Option 2 — plan complet 100 % de sa créance Étalé sur dix ans

Beaucoup de créanciers choisissent la première. Un fournisseur qui a déjà provisionné la créance, une banque qui veut clore une ligne, un organisme qui préfère un encaissement certain à un recouvrement étalé sur une décennie : tous ont de bonnes raisons de préférer de la trésorerie immédiate. Chaque acceptation efface définitivement la différence. Sur un passif de plusieurs centaines de milliers d'euros, l'effet de restructuration se compte en dizaines, parfois en centaines de milliers d'euros de dette éteinte.

Une précision qui évite les déceptions. Aucun créancier ne peut être contraint d'accepter une remise. L'option se propose, elle ne s'impose pas. Ce qui s'impose, ce sont les délais. Un plan bien construit combine les deux : il sécurise l'étalement sur dix ans pour tous, et va chercher des remises auprès de ceux qui ont intérêt à encaisser vite.

Ce que nous observons dans les dossiers

Le cabinet a obtenu plusieurs plans de redressement sur dix ans au profit de ses clients. La constante est presque toujours la même : le dirigeant aborde la procédure avec réticence, parfois avec honte, convaincu qu'elle marque la fin de son entreprise. Deux ans plus tard, il la décrit comme la meilleure décision qu'il ait prise. L'entreprise repart sur une feuille blanche, sans avoir emprunté pour payer ses dettes, avec une trésorerie qui respire enfin.

Une précision utile sur la durée, parce qu'elle pèse sur la décision : la période d'observation n'est pas nécessairement longue. Dans certains dossiers, moins de six mois séparent l'ouverture de l'arrêté du plan, ce qui limite d'autant l'exposition vis-à-vis des clients, des fournisseurs et des banques.

Reste l'autre raison de prendre l'initiative. Déclarer soi-même la cessation des paiements permet de choisir le moment, de présenter sa propre analyse de la situation et de demander un redressement plutôt que de subir une demande de liquidation. Le dirigeant doit le faire dans les quarante-cinq jours qui suivent la cessation des paiements s'il n'a pas demandé de conciliation (article L.631-4 du Code de commerce) : au-delà, le retard de déclaration devient la faute de gestion la plus fréquemment retenue contre lui.

Un cas d'école : 535 303 € réclamés, 36 333 € retenus

La démonstration la plus parlante de ce que produisent ces moyens de défense tient dans un arrêt récent. Une société de sécurité privée est assignée par l'URSSAF devant le tribunal de commerce. À l'audience, le dirigeant ne comparaît pas. Le tribunal ne dispose que de l'exposé du créancier et d'un état des créances totalisant 535 303 €. Le 16 décembre 2025, il ouvre le redressement judiciaire.

Le dirigeant fait appel et se fait assister. Le 1er juillet 2026, sur le même dossier, la cour d'appel de Bordeaux infirme le jugement, déboute l'URSSAF et la condamne aux dépens et à 3 000 € au titre de l'article 700.

Ce que la cour a examinéMontantSort
Passif déclaré à l'état des créances535 303 €Point de départ
Créances évaluées d'office (IS, TVA, cotisations)297 061 €Écartées
Cotisations sociales réglées en cours d'instance81 095 €Payées
Solde fournisseurMoratoire exprès
Passif exigible retenu36 333 €Face à 58 749 € de trésorerie

L'actif disponible excédait le passif exigible : la cessation des paiements n'était pas caractérisée, et la condition légale de l'ouverture faisait défaut.

Ce qui a changé entre décembre et juillet

Ni le droit, ni la situation économique de l'entreprise. Le tribunal de commerce avait correctement jugé le dossier qu'on lui avait soumis : un passif de 535 303 € non contesté, face à un débiteur absent. Sur ces éléments, l'ouverture s'imposait.

Ce qui a changé, c'est que le dossier a été construit. Et cette construction se décompose en actes techniques qui n'ont rien de spontané :

  1. Interjeter appel dans les dix jours de la notification, délai qui court même si le dirigeant n'a pas mesuré la portée du jugement ;
  2. Obtenir l'arrêt de l'exécution provisoire — ici le 2 avril 2026. L'appel n'étant pas suspensif, c'est le seul acte qui rende la suite possible : une entreprise sous procédure collective ne règle pas librement ses dettes antérieures ;
  3. Ventiler le passif poste par poste, pour séparer les créances définitives des évaluations d'office. C'est un travail de pièces, pas de plaidoirie ;
  4. Obtenir des créanciers publics leurs propres attestations de régularité, qui contredisaient la prétention de l'URSSAF ;
  5. Formaliser les moratoires et justifier de leur exécution, l'article L.631-1 exigeant que le débiteur les établisse ;
  6. Documenter l'actif disponible à la date de l'audience d'appel, par des relevés datés ;
  7. Replacer la charge de la preuve sur le créancier, à qui il revient de démontrer la cessation des paiements.

Le point que retiennent les tribunaux. Un état des créances n'est pas un passif exigible : c'est une liste de prétentions. Le passif exigible ne comprend que les dettes certaines, liquides et échues. Une cotisation calculée d'office, faute de déclaration, n'est ni certaine ni liquide tant qu'elle n'a pas été établie contradictoirement — et elle représentait ici plus de la moitié du montant réclamé.

Le même travail lorsque la procédure doit s'ouvrir

Toutes les assignations ne se contestent pas. Dans beaucoup de dossiers la cessation des paiements est réelle, et s'obstiner à la nier fait perdre les semaines qui comptent.

Les pièces réunies servent alors un autre objectif, et le même travail change l'issue. Ventiler le passif, documenter la trésorerie, obtenir des moratoires et établir l'actif disponible sont exactement les éléments qui déterminent ce que le tribunal décide : un redressement judiciaire avec période d'observation et plan d'apurement sur dix ans, ou une liquidation immédiate pour redressement manifestement impossible. Entre les deux, il y a l'entreprise qui continue et celle qui disparaît. C'est la même préparation qui permet, une fois la procédure ouverte, de présenter un plan progressif comme celui décrit plus haut.

L'analyse complète de cet arrêt, avec les textes et la jurisprudence de la Cour de cassation sur lesquels il s'appuie, figure dans notre fiche : les créances évaluées d'office ne constituent pas un passif exigible.

Ce qu'il faut réunir avant l'audience

  1. Les derniers comptes annuels et une situation comptable intermédiaire récente
  2. L'état de la trésorerie et les relevés bancaires des trois derniers mois
  3. Le carnet de commandes, les devis signés, les contrats en cours
  4. L'état des créances clients à recouvrer, avec leurs échéances
  5. Le détail du passif, en distinguant ce qui est exigible de ce qui ne l'est pas
  6. Les échanges avec l'URSSAF : demandes d'échéancier, versements effectués, part salariale réglée
  7. Les engagements des associés : apports en compte courant, abandons de créance, garanties

Une remarque de méthode. Un dossier qui se contente de demander un délai obtient rarement autre chose que la décision que le créancier réclame. Ce qui emporte la conviction du tribunal, ce sont des chiffres datés, vérifiables, et une démonstration construite sur les deux conditions légales — pas une déclaration d'intention.

Si le jugement a déjà été rendu

Un jugement de liquidation n'est pas définitif. Le délai d'appel est de dix jours à compter de la notification (article R.661-3 du Code de commerce). L'appel n'étant pas suspensif, il doit être accompagné d'une demande d'arrêt de l'exécution provisoire devant le premier président de la cour d'appel : sans elle, la liquidation produit ses effets pendant toute l'instance, et l'appel devient sans objet.

Le cabinet a obtenu, dans cette configuration, plusieurs infirmations de jugements de liquidation devant les cours d'appel de Paris, de Versailles et d'Aix-en-Provence, ainsi que des arrêts de l'exécution provisoire. Ces décisions sont publiées avec leur juridiction, leur date et leur numéro de rôle sur la page décisions obtenues.

La marche à suivre détaillée figure dans notre note : comment faire appel d'un jugement de liquidation judiciaire.

Sources

Textes vérifiés sur Légifrance le 15 septembre 2026. Cette page a une vocation d'information générale et ne constitue pas un avis juridique personnalisé : chaque situation s'apprécie au vu des pièces du dossier.

Vous avez reçu une assignation de l'URSSAF ?

La date d'audience figure sur l'acte. Appelez avant : c'est dans les jours qui la précèdent que l'issue se joue.

Questions fréquentes

L'URSSAF peut-elle obtenir l'ouverture d'une procédure sur un montant estimé ?

Elle peut l'invoquer, mais le juge ne doit pas le retenir. Le passif exigible ne comprend que les dettes certaines, liquides et échues. Une cotisation calculée par évaluation d'office, faute de déclaration, n'est ni certaine ni liquide tant qu'elle n'a pas été établie contradictoirement. La cour d'appel de Bordeaux a ainsi écarté 297 061 € sur un passif déclaré de 535 303 €, et débouté l'URSSAF (1er juillet 2026, n° RG 26/00526).

Qui doit prouver la cessation des paiements : moi ou l'URSSAF ?

Le créancier qui demande l'ouverture. Ce n'est pas au dirigeant de prouver qu'il est solvable. Si l'URSSAF documente sa créance mais ne produit aucun élément sur l'actif disponible de l'entreprise à la date où le juge statue, elle n'a pas satisfait à la charge de la preuve qui lui incombe, et sa demande doit être rejetée.

L'URSSAF m'a assigné : mon entreprise va-t-elle être liquidée ?

Non, pas automatiquement. L'assignation est une demande, pas une décision. Le tribunal doit vérifier lui-même que l'entreprise est en cessation des paiements et, pour prononcer une liquidation, que le redressement est manifestement impossible (article L.640-1 du Code de commerce). Trois issues sont possibles : le rejet de la demande, l'ouverture d'un redressement judiciaire, ou la liquidation. Le dirigeant qui se présente avec un dossier construit évite fréquemment la troisième.

Quel délai ai-je entre l'assignation et l'audience ?

La date d'audience figure sur l'acte que le commissaire de justice vous a remis : lisez-la en premier. Le délai est de quelques semaines, rarement davantage. Il détermine tout : le temps de négocier un échéancier avec l'URSSAF, de réunir les pièces comptables et, le cas échéant, de déposer une déclaration de cessation des paiements qui vous rendrait l'initiative.

Un échéancier avec l'URSSAF peut-il faire tomber l'assignation ?

Oui, et c'est souvent la voie la plus efficace. L'article L.631-1 du Code de commerce prévoit expressément que « le débiteur qui établit que les réserves de crédit ou les moratoires dont il bénéficie de la part de ses créanciers lui permettent de faire face au passif exigible avec son actif disponible n'est pas en cessation des paiements ». Un plan d'apurement signé avant l'audience fait donc disparaître le fondement même de la demande. L'URSSAF le subordonne en pratique au règlement préalable de la part salariale.

Puis-je contester la dette URSSAF elle-même ?

Oui, mais devant une autre juridiction. Le montant de la créance se conteste devant la commission de recours amiable de l'URSSAF, puis devant le pôle social du tribunal judiciaire — et non devant le tribunal qui examine l'assignation. Ces deux contentieux avancent en parallèle. Une contestation sérieuse et documentée de la créance peut néanmoins peser sur l'appréciation du passif exigible par le tribunal saisi de l'assignation.

Que se passe-t-il si je ne me présente pas à l'audience ?

Le tribunal statue sans vous, sur les seules pièces de l'URSSAF — c'est-à-dire sur le seul montant de la dette, sans votre carnet de commandes, votre trésorerie ni vos perspectives. C'est la manière la plus sûre d'obtenir une liquidation. Ne pas comparaître n'est jamais une stratégie.

Puis-je demander un redressement judiciaire plutôt que la liquidation ?

Oui. L'URSSAF demande fréquemment la liquidation à titre principal et le redressement à titre subsidiaire. Le dirigeant peut plaider le redressement en démontrant que celui-ci n'est pas manifestement impossible : commandes en cours, trésorerie reconstituée, réduction du passif, apports des associés. Le redressement gèle les dettes antérieures et permet un plan d'apurement sur une durée pouvant atteindre dix ans.

Les majorations de retard peuvent-elles être effacées ?

Elles peuvent faire l'objet d'une remise gracieuse. L'article R.243-20 du Code de la sécurité sociale pose une condition précise : la demande n'est recevable qu'après règlement de la totalité des cotisations ayant donné lieu aux majorations, ou lorsque le cotisant a souscrit un plan d'apurement. Dans ce second cas, la remise peut être décidée avant paiement, mais elle n'est acquise que si le plan est respecté.

Le jugement a été rendu contre moi : puis-je encore agir ?

Oui, mais très vite. Le délai d'appel est de dix jours à compter de la notification du jugement (article R.661-3 du Code de commerce). L'appel n'étant pas suspensif, il faut y joindre une demande d'arrêt de l'exécution provisoire devant le premier président de la cour d'appel, sans quoi la liquidation produit ses effets pendant l'instance. JEM-AVOCAT a obtenu plusieurs infirmations de jugements de liquidation dans cette configuration.

L'URSSAF peut-elle m'assigner si mon entreprise a cessé son activité ?

Seulement dans un délai d'un an. Les articles L.631-5 et L.640-5 du Code de commerce enferment l'assignation d'un créancier dans un délai d'un an à compter, selon les cas, de la radiation du registre du commerce et des sociétés, de la cessation de l'activité, ou de la publication de l'achèvement de la liquidation. Passé ce délai, l'assignation est irrecevable : c'est un moyen de défense à vérifier systématiquement.

Une conciliation en cours protège-t-elle de l'assignation ?

Oui. Les articles L.631-5 et L.640-5 du Code de commerce commencent tous deux par la même réserve : c'est « lorsqu'il n'y a pas de procédure de conciliation en cours » que le tribunal peut être saisi sur l'assignation d'un créancier. Une conciliation ouverte fait donc obstacle à la demande — encore faut-il l'avoir sollicitée avant de recevoir l'acte.

Quels sont les risques personnels pour le dirigeant ?

Ils n'apparaissent qu'après l'ouverture d'une procédure, et ils ne sont pas automatiques : action en comblement d'insuffisance d'actif (article L.651-2 du Code de commerce), faillite personnelle ou interdiction de gérer. Le retard de déclaration de la cessation des paiements est la faute de gestion la plus souvent reprochée. Ces actions se défendent : le cabinet a obtenu des rejets intégraux et une condamnation ramenée de 1 167 671 € à 10 000 € par dirigeant.

Dois-je déclarer moi-même la cessation des paiements avant l'audience ?

C'est une décision à prendre avec un avocat, mais elle mérite d'être posée. Le dirigeant doit déclarer la cessation des paiements dans les quarante-cinq jours qui suivent celle-ci s'il n'a pas demandé une conciliation (article L.631-4 du Code de commerce). Déclarer soi-même permet de choisir le moment, de présenter sa propre analyse et de demander un redressement plutôt que de subir une liquidation. Cela réduit aussi le reproche de déclaration tardive.

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