Procédures collectives

Associé de SCI placé en liquidation judiciaire : il ne peut pas seul contester la vente des actifs de la société

Cour d'appel de Paris, Pôle 5 - Chambre 9, 16 septembre 2026, n° RG 26/00909

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani
7 min de lecture
La réponse en bref

Un associé de SCI placé en liquidation judiciaire personnelle ne peut pas contester seul l'ordonnance du juge-commissaire autorisant la vente des immeubles de la société. Ses parts sociales et les droits patrimoniaux qui y sont attachés sont appréhendés par sa propre procédure. Seul son liquidateur peut agir, ou être mis en cause par assignation en intervention forcée.

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Un associé veut empêcher la vente aux enchères des lots de la SCI familiale. Il fait appel seul, en invoquant ses droits propres d'associé et d'occupant. La cour d'appel de Paris déclare son recours irrecevable : étant lui-même en liquidation judiciaire, il était dessaisi de cette action patrimoniale.

Sommaire

Fiche technique

Juridiction

Cour d'appel de Paris, Pôle 5 - Chambre 9

Numéro

n° RG 26/00909

Solution

Irrecevabilité

Chronologie de la procédure

30 janvier 1948

Constitution de la SCI, propriétaire de la majorité des lots d'un immeuble parisien

17 mars 2011

Désignation d'un administrateur provisoire de la SCI avec les pouvoirs du gérant

24 mars 2015

Nullité des statuts constatée, dissolution anticipée à défaut de régularisation, désignation d'un liquidateur amiable

16 janvier 2020

Condamnation de la SCI à payer 223 443,63 euros de charges de copropriété

5 juin 2021

Ouverture du redressement judiciaire de la SCI

23 juin 2022

Placement de l'associé en liquidation judiciaire à titre personnel

10 novembre 2022

Conversion du redressement de la SCI en liquidation judiciaire

9 décembre 2025

Ordonnance du juge-commissaire autorisant la vente aux enchères de trois lots

16 septembre 2026

Arrêt de la cour d'appel de Paris déclarant irrecevables l'appel principal et l'appel incident

Ce que cette décision change pour vous

Si vous êtes associé d’une société civile et que vous êtes vous-même sous liquidation judiciaire, votre pouvoir d’action sur le patrimoine social est très réduit. Vous ne pouvez plus porter seul un recours destiné à protéger les actifs de la société : l’action est patrimoniale, donc elle appartient à votre liquidateur.

Trois conséquences pratiques.

Premièrement, invoquer « ses droits propres d’associé » ne suffit pas. Seuls les droits non pécuniaires échappent au dessaisissement. Dès que l’objectif poursuivi est de préserver la valeur des actifs — et donc, indirectement, la valeur des parts — le juge y voit une revendication patrimoniale.

Deuxièmement, si votre liquidateur refuse de reprendre l’action, vous n’êtes pas démuni, mais vous devez agir dans les formes : il faut l’assigner en intervention forcée pour régulariser la procédure. Lui envoyer vos conclusions, l’informer, échanger avec lui : cela ne le rend pas partie à l’instance. Une simple information ne régularise rien.

Troisièmement, un appel incident est accessoire à l’appel principal. Si l’appel principal est jugé irrecevable, l’appel incident tombe avec lui. Le coassocié qui compte sur le recours d’un autre pour faire valoir ses propres demandes prend donc un risque considérable : il doit former son propre appel principal, dans les délais.

À vérifier immédiatement si vous êtes dans cette situation : qui est juridiquement habilité à agir au nom de la société (gérant, administrateur provisoire, liquidateur amiable), qui est habilité à agir sur vos parts (votre liquidateur judiciaire), et à quel titre exact vous prétendez intervenir.

Les faits

Une SCI familiale constituée en 1948 détient la majorité des lots d’un immeuble parisien. Après le décès des associés d’origine, les parts sont détenues en indivision, à parts égales, par deux héritiers, un frère et une sœur.

Les dissensions entre héritiers conduisent à la désignation d’un administrateur provisoire de la SCI en 2011. En 2015, le tribunal constate la nullité des statuts, ordonne leur mise en conformité et, à défaut, la dissolution anticipée de la société, l’administrateur devenant liquidateur amiable.

L’immeuble, soumis au statut de la copropriété, fait l’objet de travaux de ravalement votés en assemblée générale. La SCI ne règle pas sa quote-part. Elle est condamnée en 2020 à payer plus de 223 000 euros au syndicat des copropriétaires. Faute de pouvoir s’exécuter, elle est placée en redressement judiciaire en 2021, puis en liquidation judiciaire en 2022.

Entre-temps, en juin 2022, l’un des deux associés est lui aussi placé en liquidation judiciaire à titre personnel.

Sur requête du liquidateur de la SCI, le juge-commissaire autorise la vente aux enchères de trois lots de copropriété. L’associé en liquidation judiciaire fait appel, seul. Il soutient qu’il n’a pas été régulièrement convoqué, qu’un protocole de partage de l’an 2000 lui a attribué certains lots, et qu’il occupe personnellement l’un des biens vendus. Sa sœur forme un appel incident pour demander la mise en location des lots vides et le retrait d’un lot de la vente.

La question posée à la Cour

Un associé de SCI, lui-même placé en liquidation judiciaire, peut-il contester seul l’ordonnance du juge-commissaire qui autorise la vente des immeubles de la société ? Autrement dit : cette action relève-t-elle de ses droits propres, qui échappent au dessaisissement, ou de son patrimoine, qui est géré par son liquidateur ?

Ce qu’a jugé la Cour

La cour commence par poser le cadre. L’intérêt à agir doit être né et actuel, direct et personnel. Et le dessaisissement du débiteur en liquidation est de plein droit :

« Le jugement qui ouvre ou prononce la liquidation judiciaire emporte de plein droit, à partir de sa date, dessaisissement pour le débiteur de l’administration et de la disposition de ses biens […]. Les droits et actions du débiteur concernant son patrimoine sont exercés pendant toute la durée de la liquidation judiciaire par le liquidateur. »

Premier constat : l’associé ne représente pas la SCI. La gestion de celle-ci est assurée par un liquidateur amiable désigné par jugement. Il ne peut donc pas parler au nom de la société.

Deuxième constat, plus important. La cour admet par principe qu’un porteur de parts de SCI peut exercer un droit propre, puisqu’il est indéfiniment tenu du passif social à proportion de ses parts. Mais lorsqu’il est lui-même en liquidation judiciaire, il faut mesurer l’étendue du dessaisissement : les droits non pécuniaires y échappent, pas les droits patrimoniaux attachés aux parts sociales.

Or les titres détenus sur la SCI sont appréhendés par sa propre liquidation judiciaire. Et l’action menée vise à préserver l’intégrité de l’actif de la société, pour ne pas remettre en cause un partage que l’appelant estime acquis. C’est une revendication à caractère patrimonial.

La cour écarte aussi l’argument tiré de l’occupation des lieux : l’intéressé avait été autorisé à exercer sa profession dans les locaux sous forme sociale, il n’est donc pas personnellement dans la cause à ce titre.

Reste la question de la régularisation. Le liquidateur personnel de l’associé a écrit qu’il n’entendait pas reprendre le bénéfice de l’action. Il n’est pas appelant. Il n’a pas été assigné en intervention forcée. Il n’est donc pas partie à la procédure. L’appel est irrecevable, et l’appel incident, accessoire, l’est par voie de conséquence.

Les points clés à retenir
  • L'associé de SCI en liquidation judiciaire personnelle est dessaisi des droits patrimoniaux attachés à ses parts : seuls ses droits non pécuniaires lui restent.
  • Une action destinée à préserver l'actif de la société est patrimoniale ; elle ne peut être exercée que par le liquidateur du débiteur.
  • Informer son liquidateur ne suffit pas : à défaut de reprise de l'action par celui-ci, il faut l'assigner en intervention forcée pour régulariser la procédure.

Ce qu’il faut faire concrètement

Avant de former un recours contre une ordonnance du juge-commissaire alors que vous êtes en liquidation judiciaire, écrivez à votre liquidateur et demandez-lui formellement s’il entend exercer l’action. Conservez sa réponse.

S’il refuse, ne vous contentez pas de lui notifier vos conclusions. Faites-le assigner en intervention forcée dans l’instance d’appel, avant la clôture. C’est la seule voie de régularisation retenue par la cour.

Identifiez précisément le fondement de votre qualité à agir. Droit d’associé ? Droit d’occupant ? Si vous occupez des locaux au travers d’une société d’exercice, c’est cette société qui est titulaire du droit, pas vous.

Si vous êtes coassocié et que vous comptez sur l’appel d’un autre, formez votre propre appel principal dans le délai. Un appel incident ne survit pas à l’irrecevabilité de l’appel principal.

Vérifiez enfin qui représente légalement la société. Quand un administrateur provisoire ou un liquidateur amiable a été désigné, aucun associé ne peut agir au nom de la société, quel que soit le nombre de parts détenues.

Questions fréquentes

Je suis en liquidation judiciaire : puis-je encore voter en assemblée générale de ma SCI ?

Les droits non pécuniaires attachés à la qualité d'associé, comme le droit de vote ou le droit à l'information, ne sont pas atteints par le dessaisissement. En revanche, les droits patrimoniaux attachés aux parts — leur valeur, leur cession, les actions destinées à préserver l'actif social — sont appréhendés par la procédure et exercés par le liquidateur.

Mon liquidateur refuse d'agir : je perds définitivement le recours ?

Non, mais il faut respecter une formalité précise : l'assigner en intervention forcée dans l'instance pour le mettre dans la cause. Lui transmettre les conclusions ou lui écrire ne suffit pas à le rendre partie. S'il n'est pas appelant et n'a pas été assigné, le recours exercé seul est déclaré irrecevable.

Un protocole de partage signé avant la procédure collective protège-t-il mes lots de la vente ?

Pas automatiquement. Tant que la société reste propriétaire des lots dans ses livres et que le liquidateur judiciaire obtient l'autorisation du juge-commissaire, la vente peut être ordonnée. Encore faut-il, pour contester, avoir qualité à agir. Un associé lui-même en liquidation judiciaire ne peut pas invoquer seul un tel partage pour bloquer la vente.

Le liquidateur a-t-il le droit de vendre les lots que j'occupe plutôt que les lots vides ?

Le juge-commissaire autorise la vente sur requête du liquidateur et apprécie l'opportunité des lots retenus. Contester ce choix suppose d'être recevable à former un recours devant la cour d'appel. Un associé dessaisi par sa propre liquidation judiciaire ne peut le faire seul : la contestation doit passer par son liquidateur.

Mon appel incident suffit-il si un autre associé a déjà fait appel ?

C'est risqué. L'appel incident est accessoire : si l'appel principal est déclaré irrecevable, l'appel incident l'est par voie de conséquence, sans examen au fond de vos demandes. Pour sécuriser votre position, formez votre propre appel principal dans le délai de recours plutôt que de vous greffer sur celui d'un autre.

Mots-clés

liquidation judiciaire dessaisissement du débiteur SCI juge-commissaire vente d'actifs immobiliers qualité à agir appel incident

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

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Avocat au Barreau de Paris · Droit des affaires

Spécialisé en droit des affaires, procédures collectives et contentieux commercial, Maître Maruani accompagne les dirigeants et entreprises dans leurs litiges et stratégies juridiques.

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