Litiges commerciaux

Révocation judiciaire d'un gérant pour violation de l'obligation de loyauté et création d'une société concurrente

21 juin 2018 GÉRANT DÉLOYAL RÉVOQUÉ

Tribunal de commerce de Bobigny, 21 juin 2018, T. com. Bobigny, ch. 21, 21 juin 2018, n° 2018R00173

Notre client, associé d'une SARL de sécurité privée, a découvert que le gérant de la société avait créé une société concurrente sous un nom quasi-identique, dont il avait été nommé gérant. Cette société concurrente avait obtenu le transfert à son profit d'un contrat initialement passé avec la société de notre client. Lorsque le gérant a été contraint de quitter formellement ses fonctions de gérant de la société concurrente, il a placé sa propre épouse à ce poste, conservant le contrôle effectif de la structure.

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani Avocat au Barreau de Paris

Situation initiale

Gérant déloyal gérant deux sociétés concurrentes

Après intervention

Gérant révoqué — Administrateur provisoire en place

Le contexte du litige

Notre client, associé d'une SARL de sécurité privée, a découvert que le gérant de la société avait créé une société concurrente sous un nom quasi-identique, dont il avait été nommé gérant. Cette société concurrente avait obtenu le transfert à son profit d'un contrat initialement passé avec la société de notre client. Lorsque le gérant a été contraint de quitter formellement ses fonctions de gérant de la société concurrente, il a placé sa propre épouse à ce poste, conservant le contrôle effectif de la structure.

La stratégie judiciaire du cabinet

Le cabinet a engagé une procédure de référé devant le Tribunal de commerce de Bobigny au nom de l'associé. La demande visait la révocation judiciaire du gérant pour justes motifs fondée sur trois griefs : la violation de l'obligation de loyauté par la gestion simultanée de deux sociétés concurrentes, le refus de communiquer les documents sociaux prévus par l'article L. 223-26 du Code de commerce, et le versement d'une rémunération de 20 760 € non autorisée par l'assemblée générale.

La décision du tribunal

Le juge des référés a fait droit à l'ensemble des demandes. La révocation du gérant a été prononcée pour violation de l'obligation de loyauté et de fidélité. Un administrateur provisoire a été nommé pour une durée de six mois avec pour mission de gérer la société et de convoquer toute assemblée générale jugée utile. La société concurrente et le gérant révoqué ont été condamnés in solidum à verser 1 000 € au titre de l'article 700 du CPC ainsi qu'aux entiers dépens.

Le fondement juridique de la révocation

Le tribunal a retenu que le gérant avait manqué à son obligation de loyauté en privant la société d'une ressource importante par le transfert d'un contrat client au profit de la société concurrente. La circonstance que le gérant ait ensuite formellement cédé la gérance à son épouse n'a pas fait obstacle à la révocation, le tribunal relevant qu'il conservait de fait le contrôle de la structure concurrente.

Les implications pratiques

Cette décision illustre l'efficacité de la voie du référé pour obtenir rapidement la révocation d'un gérant déloyal et la protection des intérêts sociaux. La nomination d'un administrateur provisoire permet de sécuriser la gestion de la société pendant la période de transition et d'éviter que le gérant révoqué ne continue à nuire aux intérêts de la société par l'intermédiaire de tiers interposés.

Chronologie de l'affaire

9 janvier 2017

Création de la société concurrente par le gérant en fonction

19 janvier 2018

Le gérant cède la gérance à son épouse — contrôle maintenu de fait

12 avril 2018

Assignation en référé devant le Tribunal de commerce de Bobigny

30 mai 2018

Audience de plaidoirie en référé

21 juin 2018

Ordonnance de référé prononçant la révocation et nommant un administrateur provisoire

Questions fréquentes sur cette décision

Mon gérant a monté une société concurrente : puis-je le faire révoquer ?

Oui, le juge peut prononcer la révocation pour justes motifs. Dans cette affaire, le gérant d'une SARL de sécurité privée avait créé une société concurrente sous un nom quasi-identique et s'en était fait nommer gérant. Saisi en référé par un associé, le tribunal de commerce de Bobigny a prononcé sa révocation pour violation de l'obligation de loyauté et de fidélité.

Faut-il passer par une assemblée générale pour écarter un gérant ?

Pas nécessairement. Ici, l'associé a saisi directement le juge des référés d'une demande de révocation judiciaire pour justes motifs, sans attendre un vote en assemblée. Cette voie présente l'avantage de la rapidité : l'assignation a été délivrée le 12 avril 2018, l'affaire plaidée le 30 mai et l'ordonnance rendue le 21 juin suivant.

Le gérant a mis son épouse à la tête de la société concurrente : est-il à l'abri ?

Non. Le gérant avait formellement cédé la gérance de la structure concurrente à son épouse en janvier 2018, après avoir été contraint de quitter ces fonctions. Le tribunal a relevé qu'il en conservait de fait le contrôle et a jugé que cette cession de façade ne faisait pas obstacle à sa révocation.

Quels faits constituent un juste motif de révocation ?

Ceux qui caractérisent un manquement du dirigeant à ses devoirs envers la société. Trois griefs étaient invoqués ici : la gestion simultanée de deux sociétés concurrentes, le refus de communiquer les documents sociaux prévus par l'article L. 223-26 du code de commerce, et le versement d'une rémunération de 20 760 euros non autorisée par l'assemblée générale.

Le gérant refuse de me communiquer les comptes : est-ce un argument ?

C'en est un. Le refus de communiquer les documents sociaux prévus par l'article L. 223-26 du code de commerce figurait parmi les trois griefs présentés au juge dans cette affaire. Pris isolément, un tel refus ne suffit pas toujours ; combiné à des faits de déloyauté avérés, il nourrit utilement la démonstration du juste motif.

Qui dirige la société une fois le gérant révoqué ?

Un administrateur provisoire peut être nommé dans le même temps. Le juge en a désigné un pour six mois, avec pour mission de gérer la société et de convoquer toute assemblée générale jugée utile. Cette nomination évite la vacance de la direction et empêche le gérant révoqué de continuer à nuire aux intérêts sociaux par personnes interposées.

Le détournement d'un client suffit-il à caractériser la déloyauté ?

Il y a contribué de façon décisive ici. Le tribunal a retenu que le gérant avait manqué à son obligation de loyauté en privant la société d'une ressource importante : un contrat initialement passé avec elle avait été transféré au profit de la société concurrente qu'il avait créée. Cette société a d'ailleurs été condamnée in solidum avec lui aux dépens.

Points clés à retenir

  • Révocation judiciaire du gérant prononcée en référé pour violation de loyauté
  • Administrateur provisoire nommé pour six mois avec pleins pouvoirs de gestion
  • Détournement de clientèle au profit d'une société concurrente créée par le gérant
  • Rémunération de 20 760 € non autorisée par l'assemblée générale identifiée

Résultat obtenu

Révocation judiciaire du gérant — Administrateur provisoire nommé — 1 000 € article 700

GÉRANT DÉLOYAL RÉVOQUÉ

Référence :

Tribunal de commerce de Bobigny, 21 juin 2018, T. com. Bobigny, ch. 21, 21 juin 2018, n° 2018R00173

Révocation judiciaire du gérant — Administrateur provisoire nommé — 1 000 € article 700

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

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