LITIGES COMMERCIAUX

Recouvrement contre une entreprise de services du numérique : saisies conservatoires avant l'audience et provision de 76 736 €

2 avril 2026 6 min de lecture 76 736 € OBTENUS CONTRE UNE ESN

TAE Paris, 2 avr. 2026, n° RG 2026010233

Par ordonnance du 2 avril 2026, le juge des référés du Tribunal des activités économiques de Paris a condamné une entreprise de services du numérique à payer 76 736 euros à notre cliente, à titre de provision, augmentés des intérêts au taux légal courant depuis le 24 septembre 2024, lendemain de la première facture impayée. La décision est instructive sur trois points que les dossiers de recouvrement rencontrent sans cesse : ce que des saisies conservatoires permettent d'appréhender avant même l'audience, ce qu'un débiteur qui reconnaît sa dette peut réellement obtenir comme délais, et ce qu'un juge des référés ne peut pas accorder.

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani Avocat au Barreau de Paris

Six factures impayées

80 136 €

Obtenu

76 736 € de provision, 240 € d'indemnité forfaitaire, 1 000 € d'article 700

Les faits de l'espèce

Notre cliente, éditrice de solutions logicielles, est intervenue sur un projet pour le compte d'une entreprise de services du numérique.

Six factures émises entre septembre 2024 et juillet 2025 sont restées impayées, pour un total de 80 136 euros TTC.

Par acte du 19 février 2026, signifié à personne présente, notre cliente a saisi le juge des référés sur le fondement de l'article 873 alinéa 2 du code de procédure civile, en sollicitant également l'indemnité forfaitaire de recouvrement prévue aux articles L.441-10 et D.441-5 du code de commerce.

Les saisies conservatoires, avant l'audience

Comme dans d'autres dossiers conduits par le cabinet, l'assignation a été doublée de saisies conservatoires, afin que le temps de la procédure ne soit pas celui que le débiteur met à profit pour vider ses comptes.

Ces mesures ont produit un résultat chiffré, reconnu par le débiteur lui-même à l'audience : 8 211,41 euros appréhendés, dont 1 587,21 euros auprès d'un établissement bancaire français et 6 624,20 euros auprès d'une néobanque étrangère.

Ce dernier point mérite d'être relevé. Beaucoup de créanciers renoncent lorsque le débiteur bancarise son activité hors des réseaux classiques. La saisie a ici porté sur un compte ouvert chez un établissement de l'Union européenne, et a produit le même effet qu'une saisie domestique.

Sous la pression de la procédure, le débiteur a par ailleurs réglé spontanément 3 400 euros par virement du 24 mars 2026, soit quelques jours avant l'audience de renvoi.

Un débiteur qui reconnaît tout et demande du temps

À l'audience, l'entreprise de services du numérique n'a pas contesté sa dette. Elle a au contraire demandé qu'il lui soit donné acte de ce qu'elle reconnaissait devoir 80 136 euros TTC en principal, outre 240 euros d'indemnités forfaitaires.

Son argumentation portait ailleurs : obtenir des délais de paiement sur le fondement de l'article 1343-5 du code civil. Elle proposait dix-huit mensualités, dix-sept de 3 820 euros et une de solde, et demandait en outre que les intérêts de retard cessent de courir pendant l'échéancier.

Elle produisait ses comptes annuels 2024, une attestation de son expert-comptable du 20 mars 2026, le justificatif du virement de 3 400 euros et des pièces médicales.

Notre cliente a réduit sa demande en principal à 76 736 euros pour tenir compte du règlement du 24 mars, et maintenu le reste.

La solution retenue par la juridiction

Le juge a d'abord constaté que l'existence de l'obligation n'était « pas sérieusement contestable, ni contestée à hauteur de la somme de 76 736 € », et condamné à ce montant, avec intérêts au taux légal à compter du 24 septembre 2024 — le lendemain de la date de la première facture, et non la date de l'assignation.

Sur les délais, il a relevé que la défenderesse justifiait de difficultés d'exploitation pesant sur sa trésorerie et qu'un premier versement avait été effectué. Il a donc accordé des délais, mais pas ceux qui étaient demandés : quinze mois au lieu de dix-huit, par quatorze versements mensuels de 5 000 euros, le quinzième représentant le solde et les intérêts, le premier échéant le 24 avril 2026 et les suivants le 24 de chaque mois.

Surtout, il a assorti l'échéancier d'une clause qui en fait tout le prix pour le créancier : « à défaut d'un seul règlement, le tout deviendra de plein droit immédiatement exigible ». La demande tendant à suspendre le cours des intérêts pendant l'échéancier n'a pas été accueillie.

Il a condamné en outre au paiement de 240 euros d'indemnité forfaitaire, correspondant exactement aux six factures retenues, et de 1 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile. L'exécution provisoire est de droit.

Combien de temps faut-il pour être payé

C'est la question que pose tout créancier, et le dossier y répond par des dates.

L'assignation est délivrée le 19 février 2026. L'ordonnance est rendue le 2 avril 2026 : quarante-deux jours, soit six semaines, pour disposer d'un titre exécutoire de droit.

Mais le recouvrement n'a pas attendu le jugement. Les saisies conservatoires pratiquées avant l'audience ont appréhendé 8 211,41 euros, et le débiteur a réglé spontanément 3 400 euros le 24 mars, neuf jours avant l'ordonnance. 11 611,41 euros étaient donc déjà sortis de ses comptes avant même d'être jugé.

Puis l'échéancier démarre le 24 avril 2026, soit vingt-deux jours après la décision et un peu plus de deux mois après l'assignation, à raison de 5 000 euros par mois.

Et il ne peut pas déraper : la déchéance du terme rend la totalité immédiatement exigible au premier impayé, sans qu'une nouvelle décision soit nécessaire. Le créancier n'a pas à retourner devant un juge pour reprendre l'exécution.

Chronologie de l'affaire

Septembre 2024 — juillet 2025

Six factures impayées, 80 136 € TTC

24 septembre 2024

Point de départ des intérêts retenu par le juge, lendemain de la première facture

19 février 2026

Assignation en référé devant le TAE de Paris, signifiée à personne

Avant l'audience

Saisies conservatoires : 8 211,41 € appréhendés sur deux comptes bancaires

23 mars 2026

Première audience — renvoi au 2 avril pour conclusions en défense

24 mars 2026

Règlement spontané de 3 400 € par le débiteur

2 avril 2026

Ordonnance : provision de 76 736 €, délais sur quinze mois sous déchéance du terme

24 avril 2026

Première échéance de l'échéancier imposé

Questions fréquentes sur cette décision

Mon client est une ESN qui ne règle plus mes factures : que puis-je faire ?

Le référé provision permet d'obtenir un titre exécutoire sans attendre un procès au fond, dès lors que l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Dans cette affaire, six factures de septembre 2024 à juillet 2025 totalisant 80 136 euros ont donné lieu à une condamnation provisionnelle de 76 736 euros, après imputation d'un règlement intervenu avant l'audience.

Peut-on saisir le compte d'un débiteur ouvert dans une néobanque étrangère ?

Oui, et c'est ce qui a été fait ici. Les saisies conservatoires ont appréhendé 8 211,41 euros au total, dont 6 624,20 euros auprès d'une néobanque établie dans un autre État de l'Union européenne et 1 587,21 euros auprès d'une banque française. Un compte hors des réseaux bancaires classiques n'est pas hors d'atteinte.

À partir de quand courent les intérêts sur une facture impayée ?

Pas nécessairement de l'assignation. Dans cette affaire, le juge a fait courir les intérêts au taux légal à compter du 24 septembre 2024, lendemain de la date de la première facture. Le point de départ retenu peut ainsi précéder de plus d'un an la saisine du tribunal, ce qui pèse sur le montant final.

Mon débiteur reconnaît sa dette et demande des délais : est-ce qu'il va les obtenir ?

Souvent oui, mais rarement ceux qu'il demande. Ici le débiteur sollicitait dix-huit mensualités de 3 820 euros en produisant ses comptes annuels et une attestation de son expert-comptable. Le juge a accordé quinze mois, par quatorze versements de 5 000 euros et un solde, soit un effort mensuel nettement supérieur et une durée plus courte.

Qu'est-ce que la déchéance du terme dans un échéancier judiciaire ?

C'est la clause qui protège le créancier. L'ordonnance précise qu'à défaut d'un seul règlement, le tout devient de plein droit immédiatement exigible. Autrement dit, le débiteur qui manque une seule échéance perd le bénéfice des délais et doit l'intégralité du solde, sans qu'une nouvelle décision soit nécessaire.

Les intérêts s'arrêtent-ils pendant que le débiteur règle son échéancier ?

Pas automatiquement, et pas dans cette affaire. Le débiteur avait expressément demandé que les intérêts de retard cessent de courir pendant la période d'échelonnement. L'ordonnance n'a pas accueilli cette demande : le quinzième et dernier versement représente le solde et les intérêts.

Combien de temps faut-il pour récupérer une facture impayée ?

Plus vite qu'on ne le croit lorsque la créance n'est pas sérieusement contestable. Dans cette affaire, quarante-deux jours ont séparé l'assignation du 19 février 2026 de l'ordonnance du 2 avril. Et le recouvrement avait commencé avant le jugement : 8 211,41 euros appréhendés par saisie conservatoire et 3 400 euros réglés spontanément, soit 11 611,41 euros déjà encaissés.

Points clés à retenir

  • 76 736 € de provision obtenus, avec intérêts au taux légal courant depuis le lendemain de la première facture et non depuis l'assignation
  • Les saisies conservatoires ont permis d'appréhender 8 211,41 € avant l'audience, dont 6 624,20 € sur le compte d'une néobanque étrangère
  • Un compte ouvert chez un établissement bancaire étranger de l'Union européenne se saisit comme un compte domestique
  • Le débiteur qui reconnaît sa dette obtient des délais, mais rarement ceux qu'il demande : quinze mois à 5 000 € au lieu des dix-huit mois à 3 820 € sollicités
  • La déchéance du terme fait tout le prix de l'échéancier : un seul impayé et la totalité redevient exigible de plein droit
  • Quarante-deux jours entre l'assignation et l'ordonnance, et 11 611,41 € déjà encaissés avant même d'être jugé

Résultat obtenu

Provision de 76 736 € + intérêts au taux légal depuis le 24 septembre 2024 + 240 € d'indemnité forfaitaire + 1 000 € au titre de l'article 700, délais de paiement sur quinze mois assortis de la déchéance du terme

76 736 € OBTENUS CONTRE UNE ESN

Référence :

TAE Paris, 2 avr. 2026, n° RG 2026010233

Provision de 76 736 € + intérêts au taux légal depuis le 24 septembre 2024 + 240 € d'indemnité forfaitaire + 1 000 € au titre de l'article 700, délais de paiement sur quinze mois assortis de la déchéance du terme

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

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