LITIGES COMMERCIAUX

Saisie conservatoire puis référé provision : recouvrement intégral d'une créance de 85 680 €

25 août 2026 5 min de lecture 85 680 € RECOUVRÉS EN INTÉGRALITÉ

TAE Nanterre, 25 août 2026, n° RG 2026R00788

Par ordonnance du 25 août 2026, le juge des référés du Tribunal des activités économiques de Nanterre a condamné une entreprise de services du numérique au paiement de 32 153,05 euros TTC à titre de provision, outre 120 euros d'indemnité forfaitaire de recouvrement et 3 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile, les dépens comprenant l'intégralité des frais de la saisie conservatoire. Ce solde de 32 153,05 euros est ce qui restait d'une créance de 85 680 euros TTC. Le reste, soit 53 526,95 euros, avait été réglé douze jours après la saisie conservatoire pratiquée par JEM-AVOCAT, et avant même que l'affaire ne soit plaidée. La créance a donc été recouvrée en totalité.

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani Avocat au Barreau de Paris

Facturé et impayé

85 680 €

Recouvré

85 680 €

Les faits de l'espèce

Notre client, prestataire de services, est lié par un contrat de prestations de services conclu en 2025 à une entreprise de services du numérique — une ESN, selon le terme du secteur.

Cinq factures émises de février à juin 2026 sont demeurées impayées, pour un montant total de 85 680 euros TTC.

Le 26 mai 2026, la société débitrice a adressé un courriel valant reconnaissance de dette. Une mise en demeure lui a été délivrée le 27 mai 2026, sans effet.

La stratégie : bloquer les fonds avant de plaider

Une créance reconnue n'est pas pour autant une créance payée. Entre l'assignation et l'audience, quelques semaines s'écoulent, pendant lesquelles un débiteur de mauvaise foi peut organiser son insolvabilité ou simplement laisser ses comptes se vider.

JEM-AVOCAT a donc conduit deux actions en parallèle. L'assignation en référé a été délivrée par acte de commissaire de justice le 9 juillet 2026. Une semaine plus tard, le 16 juillet 2026, une saisie conservatoire de créances était pratiquée entre les mains des tiers détenteurs, rendant les sommes indisponibles.

L'effet a été immédiat et mesurable : le 20 juillet, puis le 28 juillet 2026, le débiteur a procédé à des règlements partiels pour un total de 53 526,95 euros, soit près des deux tiers de la dette, douze jours après la saisie et plus d'un mois avant l'audience.

Les arguments développés par JEM-AVOCAT

À l'audience du 25 août 2026, JEM-AVOCAT a actualisé sa demande au solde réellement dû, et démontré le caractère non sérieusement contestable de l'obligation.

Sur l'existence de la créance : le contrat de prestations de services de 2025, les factures de février, mars, avril, mai et juin 2026, et le courriel de reconnaissance de dette du 26 mai 2026.

Sur l'absence de contestation : la mise en demeure du 27 mai 2026 n'avait suscité aucune protestation, et les règlements partiels de juillet valaient reconnaissance du principe de la dette.

Sur la préservation des fonds saisis : JEM-AVOCAT a demandé au juge de dire que les sommes rendues indisponibles par la saisie conservatoire, à laquelle le débiteur n'avait pas acquiescé, demeuraient dues et viendraient en déduction de la condamnation lors de leur attribution effective, sans double emploi.

Sur les frais : les dépens ont été sollicités en ce compris l'intégralité des frais de la saisie conservatoire, afin que le coût de la mesure ne reste pas à la charge du créancier.

La solution retenue par la juridiction

La société défenderesse a comparu sans conclure.

Le juge des référés a retenu que le contrat, les factures, le courriel de reconnaissance de dette, la mise en demeure et les procès-verbaux de saisie conservatoire de créances du 16 juillet 2026 « établissent la réalité de la créance dont le paiement est réclamé » et « suffisent pour permettre d'accorder la provision sollicitée qui ne se heurte à aucune contestation sérieuse ».

Il a condamné la société au paiement de 32 153,05 euros TTC à titre de provision, correspondant au solde restant dû après imputation des règlements partiels, augmenté des pénalités de retard au taux contractuel — taux de refinancement de la BCE majoré de dix points — à compter de l'échéance de chaque facture.

Il a dit que les sommes rendues indisponibles par la saisie conservatoire demeurent dues et viendront en déduction de la condamnation lors de leur attribution effective, sans double emploi.

Il a condamné la société à 120 euros d'indemnité forfaitaire de recouvrement, à 3 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile, et aux entiers dépens en ce compris l'intégralité des frais de la saisie conservatoire. L'exécution provisoire est de droit.

Chronologie de l'affaire

2025

Conclusion du contrat de prestations de services

Février — juin 2026

Cinq factures impayées, 85 680 € TTC

26 mai 2026

Courriel de reconnaissance de dette du débiteur

27 mai 2026

Mise en demeure restée sans effet

9 juillet 2026

Assignation en référé devant le TAE de Nanterre

16 juillet 2026

Saisie conservatoire de créances : les fonds sont bloqués

20 et 28 juillet 2026

Règlements partiels de 53 526,95 €, douze jours après la saisie

25 août 2026

Ordonnance : provision de 32 153,05 € + 3 120 € de frais et indemnités

Questions fréquentes sur cette décision

Une saisie conservatoire peut-elle faire payer le débiteur avant même l'audience ?

Cela s'est produit dans cette affaire. La saisie conservatoire de créances a été pratiquée le 16 juillet 2026 ; les 20 et 28 juillet, soit douze jours plus tard, le débiteur réglait 53 526,95 euros, près des deux tiers de sa dette, plus d'un mois avant l'audience du 25 août. Un tel enchaînement n'est évidemment jamais acquis d'avance.

Faut-il attendre la fin de la procédure pour faire saisir ?

Non, les deux peuvent avancer de front. Ici, l'assignation en référé a été délivrée le 9 juillet 2026 et la saisie conservatoire pratiquée une semaine plus tard, le 16 juillet. Les semaines qui séparent l'assignation de l'audience sont précisément celles pendant lesquelles un débiteur de mauvaise foi peut laisser ses comptes se vider.

Que faire si le débiteur n'a rien sur son compte bancaire ?

La saisie peut viser les sommes que des tiers lui doivent, et pas seulement son solde bancaire. Dans cette affaire, c'est une saisie conservatoire de créances qui a été pratiquée entre les mains des tiers détenteurs, rendant ces sommes indisponibles. Les procès-verbaux de saisie ont ensuite servi de pièces à l'appui du référé.

Qui paie les frais de la saisie conservatoire ?

Ils peuvent être mis à la charge du débiteur. Dans cette affaire, le juge a condamné la société aux entiers dépens en ce compris l'intégralité des frais de la saisie conservatoire, de sorte que le coût de la mesure n'est pas resté à la charge du créancier. S'y sont ajoutés 3 000 euros au titre de l'article 700.

Les sommes déjà bloquées risquent-elles d'être payées deux fois ?

Non, à condition de le faire dire au juge. Il a été expressément jugé que les sommes rendues indisponibles par la saisie conservatoire demeurent dues et viendront en déduction de la condamnation lors de leur attribution effective, sans double emploi. Le créancier conserve donc sa garantie sans que le débiteur paie deux fois le même euro.

Un e-mail dans lequel mon client reconnaît devoir de l'argent a-t-il une valeur ?

Oui, c'est une pièce utile. Le courriel du 26 mai 2026 valant reconnaissance de dette figure parmi les éléments que le juge a retenus, avec le contrat, les factures, la mise en demeure et les procès-verbaux de saisie, pour considérer que la réalité de la créance était établie et qu'aucune contestation sérieuse ne s'y opposait.

Le débiteur a réglé une partie après la saisie : que demande-t-on alors à l'audience ?

Le solde réellement dû, actualisé. La créance initiale s'élevait à 85 680 euros TTC ; après les règlements partiels de juillet, la demande a été ramenée à 32 153,05 euros, montant auquel la société a été condamnée. Ces règlements valaient d'ailleurs reconnaissance du principe de la dette, ce qui a renforcé la demande.

Points clés à retenir

  • La saisie conservatoire pratiquée avant l'audience a provoqué le règlement de 53 526,95 € en douze jours, soit les deux tiers de la dette, avant toute décision
  • Les procès-verbaux de saisie ont servi de pièce au soutien du référé : ils établissaient la réalité de la créance autant que le contrat et les factures
  • Les sommes saisies garantissent le solde condamné et viendront en déduction lors de leur attribution, sans double emploi
  • Les dépens comprennent l'intégralité des frais de la saisie conservatoire : la mesure n'a rien coûté au créancier
  • Assigner sans saisir, c'est obtenir un titre contre un débiteur qui a eu le temps de vider ses comptes

Résultat obtenu

Provision de 32 153,05 € + 120 € d'indemnité forfaitaire + 3 000 € au titre de l'article 700 + dépens comprenant l'intégralité des frais de la saisie conservatoire

85 680 € RECOUVRÉS EN INTÉGRALITÉ

Référence :

TAE Nanterre, 25 août 2026, n° RG 2026R00788

Provision de 32 153,05 € + 120 € d'indemnité forfaitaire + 3 000 € au titre de l'article 700 + dépens comprenant l'intégralité des frais de la saisie conservatoire

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

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