Procédures collectives

Arrêt de l'exécution provisoire d'un jugement de liquidation judiciaire

4 juillet 2024 5 min LIQUIDATION SUSPENDUE EN APPEL

Cour d'appel de Paris

Notre client, une société exerçant une activité de prothésiste ongulaire et de vente de produits liés, avait été placé en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Paris sur assignation du liquidateur d'un créancier pour une dette de 15 000 euros. JEM-AVOCAT a obtenu l'arrêt de l'exécution provisoire devant le premier président de la cour d'appel de Paris.

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani Avocat au Barreau de Paris

Situation initiale

Liquidation judiciaire

Après intervention

Exécution provisoire arrêtée

Les faits de l'espèce

Notre client est une SARL exerçant une activité commerciale de prothésiste ongulaire assortie de prestations de manucure et de vente de produits liés, créée en 2019.

Sur assignation du liquidateur judiciaire de la société, invoquant une créance de 15 000 euros fondée sur un jugement du 24 mai 2023, et en l'absence du débiteur, le tribunal de commerce de Paris a, par jugement du 12 avril 2024 :

  • Ouvert une procédure de liquidation judiciaire à l'égard de notre client
  • Désigné le mandataire judiciaire en qualité de liquidateur judiciaire
  • Fixé la date de cessation des paiements au 24 mai 2023

Notre client et son dirigeant ont relevé appel de cette décision le 3 mai 2024.

La décision de première instance

Le tribunal de commerce de Paris avait prononcé la liquidation judiciaire de notre client sur assignation du liquidateur judiciaire de la société pour une créance de 15 000 euros fondée sur un jugement.

Le jugement du 12 avril 2024 avait été rendu en l'absence du débiteur. La date de cessation des paiements avait été fixée au 24 mai 2023.

Les arguments développés par JEM-AVOCAT

Devant le délégataire du premier président de la cour d'appel de Paris, JEM-AVOCAT a soutenu que le redressement de notre client n'était pas manifestement impossible, constituant un moyen sérieux d'appel au sens de l'article R. 661-1 du code de commerce.

L'argumentation reposait sur les éléments suivants :

  • Un chiffre d'affaires en constante évolution : 128 983 euros en 2021 (résultat d'exploitation de 25 058 euros), 165 605 euros en 2022 (résultat d'exploitation de 14 974 euros), et un chiffre d'affaires attendu de 218 252 euros pour 2023
  • Une croissance portée par le développement : la prise à bail de deux nouveaux fonds de commerce en octobre 2022 et janvier 2023, ayant temporairement grevé la trésorerie mais permettant un retour sur investissement à court terme
  • Un passif exigible évalué entre 200 000 et 250 000 euros, face à des perspectives de croissance solides
  • Le règlement personnel des loyers commerciaux par le dirigeant, démontrant l'engagement du gérant dans le redressement

Le créancier poursuivant lui-même a convenu que notre client serait en mesure de payer l'ensemble de ses charges courantes d'exploitation au cours d'une éventuelle période d'observation.

La solution retenue par la juridiction

La cour d'appel de Paris a arrêté l'exécution provisoire du jugement de liquidation judiciaire.

La juridiction a retenu qu'il résultait des éléments comptables et financiers transmis par la société que le moyen pris de ce que tout redressement n'est pas manifestement impossible apparaissait sérieux.

Le ministère public avait émis un avis favorable à l'arrêt de l'exécution provisoire. Le créancier poursuivant s'en était rapporté à justice, reconnaissant la capacité de notre client à faire face à ses charges courantes. Le mandataire judiciaire, liquidateur judiciaire de notre client, s'était opposé à l'arrêt de l'exécution provisoire dans son rapport, mais la cour n'a pas suivi cette position.

Les implications pratiques

L'arrêt de l'exécution provisoire malgré l'opposition du liquidateur

Cette décision est notable en ce que l'arrêt de l'exécution provisoire a été obtenu alors même que le liquidateur judiciaire s'y opposait dans son rapport, estimant l'état de cessation des paiements caractérisé. La cour a privilégié l'analyse des perspectives de redressement sur la base des éléments comptables et de l'avis du ministère public.

L'importance de la dynamique de croissance

La progression constante du chiffre d'affaires (de 128 983 euros à 218 252 euros en trois exercices) et la stratégie de développement par la prise à bail de nouveaux fonds de commerce ont été des éléments déterminants pour démontrer que le redressement n'était pas manifestement impossible.

Ce que l'appel peut changer

L'arrêt de l'exécution provisoire permet à notre client de poursuivre son activité pendant l'examen de l'appel au fond. La cour pourra infirmer le jugement de liquidation et ouvrir un redressement judiciaire avec une période d'observation, le créancier poursuivant ayant lui-même reconnu la capacité de la société à faire face à ses charges courantes.

Chronologie de l'affaire

12 avril 2024

Jugement de liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Paris

3 mai 2024

Appel interjeté par notre client

20 juin 2024

Assignation en référé devant le premier président

1er juillet 2024

Audience devant la cour d'appel de Paris

4 juillet 2024

Arrêt de l'exécution provisoire accordé

Questions fréquentes sur cette décision

Ma société a été liquidée alors que je n'étais pas à l'audience : puis-je encore faire quelque chose ?

Oui. Le jugement reste susceptible d'appel, et il est possible de demander au premier président de la cour d'appel d'en arrêter l'exécution provisoire. Dans cette affaire, le tribunal de commerce de Paris avait prononcé la liquidation le 12 avril 2024 en l'absence du débiteur ; l'appel a été formé le 3 mai 2024 et l'exécution provisoire arrêtée le 4 juillet 2024.

Faire appel suffit-il à suspendre une liquidation judiciaire ?

Non. Le jugement de liquidation produit ses effets immédiatement : le liquidateur prend ses fonctions et les opérations commencent, même si un appel est formé. Il faut saisir séparément le premier président de la cour d'appel d'une demande d'arrêt de l'exécution provisoire, fondée sur l'article R. 661-1 du code de commerce, qui suppose de présenter un moyen sérieux d'appel.

Une dette de 15 000 euros peut-elle suffire à faire liquider mon entreprise ?

Oui, et c'est ce qui s'est produit ici. La procédure a été ouverte sur l'assignation d'un seul créancier invoquant une créance de 15 000 euros fondée sur un jugement du 24 mai 2023, le tribunal statuant en l'absence du débiteur. Le montant de la créance poursuivante ne dit rien de la santé réelle de l'entreprise, encore faut-il la démontrer.

Que faut-il prouver pour convaincre la cour que l'entreprise peut encore s'en sortir ?

Que le redressement n'est pas manifestement impossible. Dans cette affaire, le cabinet a produit un chiffre d'affaires en progression constante — 128 983 euros en 2021, 165 605 euros en 2022, 218 252 euros attendus pour 2023 —, des résultats d'exploitation bénéficiaires et la prise à bail de deux nouveaux fonds de commerce. La cour a jugé ce moyen sérieux.

Le liquidateur s'oppose à ma demande : est-ce perdu d'avance ?

Non. Le liquidateur judiciaire avait conclu au rejet dans son rapport, estimant la cessation des paiements caractérisée, et la cour ne l'a pas suivi. Le ministère public avait émis un avis favorable à l'arrêt de l'exécution provisoire, et le créancier poursuivant s'en était rapporté à justice, reconnaissant la capacité de la société à faire face à ses charges courantes.

J'ai payé les loyers de la société avec mon argent personnel : est-ce utile à ma défense ?

Cet élément a été versé au débat dans cette affaire. Le règlement personnel des loyers commerciaux par le dirigeant a été présenté comme la marque de son engagement dans le redressement, aux côtés du chiffre d'affaires en progression et de la prise à bail de deux nouveaux fonds de commerce. L'ensemble a nourri la démonstration que le redressement restait possible.

Que se passe-t-il une fois l'exécution provisoire arrêtée ?

L'entreprise peut poursuivre son activité le temps que la cour examine l'appel au fond, les opérations de liquidation étant suspendues. La cour pourra ensuite infirmer le jugement et ouvrir un redressement judiciaire avec une période d'observation. Ici, le créancier poursuivant avait lui-même admis que la société pourrait régler ses charges courantes d'exploitation pendant une telle période.

Points clés à retenir

  • Arrêt de l'exécution provisoire obtenu malgré l'opposition du liquidateur judiciaire
  • Chiffre d'affaires en progression constante : de 128 983 € à 218 252 € en trois exercices
  • Avis favorable du ministère public et du créancier poursuivant
  • Liquidation ouverte pour une créance unique de 15 000 € en l'absence du débiteur

Résultat obtenu

Arrêt de l'exécution provisoire accordé

LIQUIDATION SUSPENDUE EN APPEL

Référence :

Cour d'appel de Paris

Arrêt de l'exécution provisoire accordé

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

Une situation comparable en procédures collectives ?

Décrivez-la au téléphone : nous vous disons si une action est possible, devant quelle juridiction et dans quel délai. Premier échange sans engagement.

Voir la page d'expertise : Liquidation judiciaire

Décisions similaires