LITIGES COMMERCIAUX

Annulation d'une cession de fonds de commerce pour dol confirmée en appel et mise hors de cause des gérantes

30 avril 2020 130 000 € CESSION ANNULÉE POUR DOL

CA Caen, 2e chambre civile, 30 avril 2020, N° RG 19/02601

Notre client avait acquis un fonds de commerce d'hôtel-restaurant situé dans la zone touristique du Mont-Saint-Michel pour un prix de 130 000 €. L'acte de cession contenait une déclaration du cédant affirmant n'avoir reçu aucune injonction de mise en conformité des services d'hygiène et de sécurité. Or, il est apparu que la commission de sécurité de l'arrondissement avait émis un avis défavorable à la poursuite de l'exploitation le 22 mai 2014 et édicté 26 prescriptions dont 23 n'avaient pas été suivies d'effet. Un incendie survenu en juin 2018 a conduit à une fermeture administrative de l'établissement.

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani Avocat au Barreau de Paris

Situation initiale

Fonds acquis avec 26 vices de sécurité dissimulés

Résultat obtenu

Annulation + restitution de 130 000 €

Les faits de l'espèce

Notre client avait acquis un fonds de commerce d'hôtel-restaurant situé dans la zone touristique du Mont-Saint-Michel pour un prix de 130 000 €. L'acte de cession contenait une déclaration du cédant affirmant n'avoir reçu aucune injonction de mise en conformité des services d'hygiène et de sécurité. Or, il est apparu que la commission de sécurité de l'arrondissement avait émis un avis défavorable à la poursuite de l'exploitation le 22 mai 2014 et édicté 26 prescriptions dont 23 n'avaient pas été suivies d'effet. Un incendie survenu en juin 2018 a conduit à une fermeture administrative de l'établissement.

La procédure de première instance

Le tribunal de commerce de Coutances a annulé la cession pour dol, retenant que le cédant avait mensongèrement déclaré n'avoir reçu aucune injonction. Le tribunal a également condamné in solidum la société cédante et ses deux gérantes au remboursement du prix de 130 000 €, retenant à leur encontre une faute personnelle détachable de leurs fonctions. Le cédant et les gérantes ont interjeté appel.

Les arguments développés par JEM-AVOCAT

Le cabinet a démontré que la déclaration contenue dans l'acte de cession constituait un mensonge positif et non une simple dissimulation dolosive. Les prescriptions de la commission de sécurité avaient été régulièrement portées à la connaissance des gérantes, comme en attestait la feuille d'émargement signée par chacune d'elles. Le registre de sécurité n'avait été ni annexé à la promesse ni à l'acte de cession, contrairement aux mentions contractuelles. Les devis de mise en conformité produits par notre client (41 327 € et 17 527 €) ont établi le caractère déterminant du dol au regard du prix de cession de 130 000 €.

La solution retenue par la juridiction

La cour d'appel de Caen a confirmé l'annulation de la cession pour dol et la condamnation de la société cédante au remboursement de 130 000 €. En revanche, la cour a infirmé le jugement sur la responsabilité des gérantes, jugeant irrecevables les demandes formées à leur encontre : l'assignation ne les visait qu'en qualité de représentantes de la société et non à titre personnel. La cour a rejeté la demande d'expertise sur le coût des travaux, estimant qu'elle ne pouvait pallier la carence du cédant dans l'administration de la preuve. Une indemnité de 8 000 € a été allouée au titre de l'article 700 du CPC en appel.

Les implications pratiques

Cette décision rappelle l'obligation de loyauté du cédant d'un fonds de commerce, en particulier concernant les prescriptions de sécurité incendie dans les établissements recevant du public. La déclaration mensongère dans l'acte de cession constitue un dol justifiant l'annulation lorsque les informations dissimulées sont déterminantes du consentement. Les devis de mise en conformité permettent de démontrer le caractère déterminant du dol au regard du prix de cession. L'irrecevabilité des demandes contre les gérantes rappelle l'importance de viser les personnes physiques en leur nom personnel pour engager leur responsabilité.

Chronologie de l'affaire

22 mai 2014

Avis défavorable de la commission de sécurité avec 26 prescriptions

30 janvier 2016

Cession du fonds de commerce pour 130 000 €

6 juin 2018

Incendie et fermeture administrative de l'établissement

31 juillet 2019

Jugement du TC Coutances annulant la cession pour dol

30 avril 2020

Arrêt de la CA Caen confirmant l'annulation

Questions fréquentes sur cette décision

Le vendeur m’a caché un problème grave : puis-je faire annuler la vente du fonds de commerce ?

Oui, lorsque la dissimulation a déterminé votre consentement. Dans cette affaire, notre client avait acheté un fonds d’hôtel-restaurant 130 000 € ; la cour d’appel de Caen a confirmé l’annulation de la cession pour dol et la condamnation de la société cédante à rembourser l’intégralité du prix, par arrêt du 30 avril 2020.

Le vendeur a déclaré dans l’acte n’avoir reçu aucune mise en demeure, et c’était faux : est-ce du dol ?

C’est le cas le plus net. Le cabinet a démontré qu’il s’agissait d’un mensonge positif et non d’un simple silence : l’acte affirmait que le cédant n’avait reçu aucune injonction de mise en conformité, alors que la commission de sécurité avait rendu un avis défavorable à la poursuite de l’exploitation le 22 mai 2014 et édicté vingt-six prescriptions, dont vingt-trois restées sans suite.

Comment prouver que le vendeur savait ?

Par les documents qu’il a lui-même signés. Les prescriptions de la commission de sécurité avaient été régulièrement portées à la connaissance des gérantes de la société cédante, ce qu’établissait une feuille d’émargement signée par chacune d’elles. Le registre de sécurité, lui, n’avait été annexé ni à la promesse ni à l’acte de cession, contrairement aux mentions contractuelles.

Comment démontrer que ce qu’on m’a caché était déterminant ?

En chiffrant ce que la régularisation coûte, rapporté au prix payé. Notre client a produit deux devis de mise en conformité, de 41 327 € et 17 527 €, à comparer au prix de cession de 130 000 €. Cet ordre de grandeur a permis d’établir que, informé, il n’aurait pas acheté dans les mêmes conditions.

Puis-je aussi poursuivre les dirigeants de la société qui m’a vendu ?

Seulement si l’assignation les vise personnellement, et c’est le piège de ce dossier. Le tribunal de commerce de Coutances avait condamné in solidum les deux gérantes pour faute personnelle détachable de leurs fonctions ; la cour d’appel a déclaré ces demandes irrecevables, l’assignation ne les ayant visées qu’en qualité de représentantes de la société. La rédaction de l’acte introductif est décisive.

Le vendeur peut-il réclamer une expertise pour contester le coût des travaux ?

Il peut la demander, mais elle n’est pas de droit. La cour d’appel de Caen a rejeté cette demande, estimant qu’une expertise ne pouvait pallier la carence du cédant dans l’administration de la preuve. Autrement dit, une mesure d’instruction ne sert pas à rattraper une partie qui n’a pas produit les éléments qu’il lui appartenait de produire.

Que récupère-t-on exactement quand la cession est annulée ?

Le prix, en premier lieu. Ici, la société cédante a été condamnée à rembourser les 130 000 € versés, l’annulation remettant les parties dans leur situation antérieure. Une indemnité de 8 000 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile a été allouée en appel pour les frais de procédure. L’établissement avait entre-temps été fermé administrativement après un incendie.

Points clés à retenir

  • Annulation de la cession pour dol confirmée, restitution du prix de 130 000 €
  • 26 prescriptions de sécurité incendie dissimulées à l'acquéreur
  • Gérantes mises hors de cause pour défaut de qualité dans l'assignation
  • Indemnité de 8 000 € au titre de l'article 700 en appel

Résultat obtenu

Annulation confirmée, 130 000 € restitués

130 000 € CESSION ANNULÉE POUR DOL

Référence :

CA Caen, 2e chambre civile, 30 avril 2020, N° RG 19/02601

Annulation confirmée, 130 000 € restitués

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

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