Recouvrement

Caution appelée après la liquidation de sa société : les moyens à soulever avant que la banque n'obtienne le plafond

Cour d'appel de Grenoble, Chambre Commerciale, 22 octobre 2026, n° RG 25/02817

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani
8 min de lecture
La réponse en bref

Une caution solidaire répond du solde débiteur du compte garanti dans la limite du plafond chiffré par l'acte, intérêts compris. Les encours de cartes bancaires rattachées au compte entrent dans ce solde. Si la caution ne comparaît pas en appel, la banque obtient le plafond entier, avec capitalisation des intérêts et frais de procédure.

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Un gérant est condamné en première instance à 3 329,92 €. La banque fait appel pour obtenir les 15 600 € du plafond de son cautionnement. Il ne se défend pas devant la cour : la condamnation est multipliée par près de cinq, intérêts capitalisés en prime.

Sommaire

Fiche technique

Juridiction

Cour d'appel de Grenoble, Chambre Commerciale

Numéro

n° RG 25/02817

Solution

Infirme la décision déférée dans toutes ses dispositions, à l'égard de toutes les parties au recours

Chronologie de la procédure

14 janvier 2017

Ouverture du compte courant professionnel de la société

25 mai 2019

Signature du cautionnement solidaire du gérant, plafonné à 15 600 € pour 10 ans

1er janvier 2023

Fusions successives : la banque poursuivante vient aux droits du créancier initial

29 novembre 2023

Ouverture de la liquidation judiciaire de la société

2 janvier 2024

Déclaration de créance au passif pour 17 349,96 €

4 janvier 2024

Mise en demeure de la caution pour 15 600 €

26 juin 2024

Assignation de la caution devant le tribunal de commerce

20 juin 2025

Jugement limitant la condamnation à 3 329,92 €

30 juillet 2025

Appel de la banque sur le seul montant

22 octobre 2026

Arrêt portant la condamnation au plafond de 15 600 €, intérêts capitalisés

Ce que cette décision change pour vous

Si vous avez signé un cautionnement pour le compte professionnel de votre société, trois enseignements vous concernent directement.

D’abord, le plafond inscrit dans votre acte n’est pas un montant théorique : c’est exactement ce que la banque réclamera dès que le solde débiteur le dépasse. Ici, le solde du compte s’élève à 17 329,96 € et le cautionnement est plafonné à 15 600 € : la caution paie 15 600 €, soit la totalité de son engagement.

Ensuite, les encours de cartes bancaires rattachées au compte font partie du solde garanti. Le relevé de compte proprement dit n’affichait que 3 329,92 €. Les trois cartes Gold Business adossées au même compte portaient 2 327,57 €, 5 935,76 € et 5 736,71 €. La cour additionne l’ensemble. Un cautionnement rédigé en termes larges — « toutes sommes dues au titre de l’ensemble des engagements » — absorbe ces encours.

Enfin, et c’est le point décisif : un appel formé par la banque remet en cause le montant obtenu en première instance. La caution avait gagné devant le tribunal de commerce, qui n’avait retenu que le solde du relevé de compte. En ne constituant pas avocat devant la cour, elle laisse la banque exposer seule sa démonstration. La cour ne tranche que les moyens qu’on lui soumet.

Vérifiez donc dans votre propre dossier : le plafond de votre acte, la liste des comptes et cartes qu’il couvre, et la durée de l’engagement.

Les faits

Une banque ouvre un compte courant professionnel à une société de transport en janvier 2017. En mai 2019, le gérant se porte caution solidaire de toutes les sommes dues par la société, dans la limite de 15 600 € couvrant principal, intérêts et intérêts de retard, pour une durée de dix ans.

La banque initiale est absorbée par fusion, puis l’absorbante l’est à son tour : un autre établissement vient donc aux droits du créancier. La fusion-absorption transmet les cautionnements avec le reste du patrimoine.

En novembre 2023, la société est placée en liquidation judiciaire. La banque déclare au passif 17 349,96 € au titre du solde débiteur du compte. En janvier 2024, elle met la caution en demeure de payer 15 600 €, puis l’assigne devant le tribunal de commerce.

Le tribunal condamne la caution à 3 329,92 € seulement — le montant figurant sur le relevé mensuel du compte. La banque fait appel pour obtenir le plafond. La caution ne constitue pas avocat devant la cour d’appel.

La question posée à la Cour

À quelle hauteur la caution répond-elle, lorsque le compte garanti supporte à la fois un solde débiteur propre et les encours de plusieurs cartes bancaires professionnelles qui lui sont rattachées ?

Autrement dit : le « solde débiteur du compte » se limite-t-il au chiffre du relevé mensuel, ou englobe-t-il les opérations par carte non encore imputées ?

Ce qu’a jugé la Cour

La cour part du texte fondateur du cautionnement :

« Celui qui se rend caution d’une obligation se soumet envers le créancier à satisfaire à cette obligation, si le débiteur n’y satisfait pas lui-même. » (article 2288 du code civil)

Elle examine ensuite les pièces produites : la déclaration de créance au passif de la liquidation, le relevé du compte pour novembre 2023, et les trois relevés de cartes Gold Business rattachées au même numéro de compte. Elle en déduit que la banque justifie d’une créance de 17 329,96 € au titre du solde débiteur du compte.

La caution s’étant engagée dans la limite de 15 600 €, elle doit cette somme et pas davantage : le plafond joue, mais il joue à plein.

La cour ajoute la capitalisation des intérêts, qui fait produire intérêt aux intérêts échus depuis au moins un an :

« Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l’a prévu ou si une décision de justice le précise. » (article 1343-2 du code civil)

Elle précise que cette capitalisation est de droit dès que le créancier la demande. Le juge n’a pas de pouvoir d’appréciation sur ce point.

S’y ajoutent 1 200 € de frais irrépétibles et les dépens d’appel.

Les points clés à retenir
  • Le solde garanti d'un compte professionnel inclut les encours des cartes bancaires rattachées à ce compte, au-delà du seul relevé mensuel.
  • Le plafond chiffré du cautionnement couvre principal, intérêts et intérêts de retard : il limite la condamnation mais la banque peut l'obtenir en entier.
  • La capitalisation des intérêts est accordée de plein droit dès que le créancier la demande ; seule une contestation du principe de la dette peut l'écarter.

Ce qu’il faut faire concrètement

Ne laissez jamais un appel se juger sans vous. Un jugement favorable en première instance ne protège rien : la cour rejuge le point qui lui est déféré, et en l’absence de l’intimé, elle statue sur les seules pièces du créancier.

Relisez l’assiette de votre cautionnement. Un acte visant « toutes sommes dues au titre de l’ensemble des engagements, y compris avals, cautionnements et garanties » couvre bien plus que le découvert affiché. Cartes professionnelles, escomptes, garanties délivrées pour le compte de la société : tout entre dans le calcul.

Contrôlez la durée. Un cautionnement souscrit pour dix ans cesse de garantir les engagements nés après son terme. Vérifiez la date de naissance de chaque poste réclamé.

Demandez le détail des comptes. Exigez l’historique complet du compte, pas seulement le dernier relevé, et la ventilation poste par poste des encours de cartes. Des agios, commissions ou frais mal calculés se contestent, à condition de les avoir vus.

Vérifiez les informations annuelles reçues de la banque. Un établissement qui n’a pas informé la caution chaque année de l’état de la dette s’expose à perdre les intérêts. Rassemblez vos courriers avant toute audience.

Confrontez votre engagement à votre patrimoine au jour de la signature. Un cautionnement manifestement disproportionné aux biens et revenus de la caution au moment où elle s’engage peut être privé d’effet. Ce moyen suppose de produire vos déclarations fiscales et votre situation patrimoniale de l’époque.

Suivez la déclaration de créance dans la procédure collective. Le montant admis au passif de la société sert de base à la réclamation contre la caution. Toute contestation utile se joue d’abord à ce stade.

Ce qui aurait pu changer l'issue

La caution n'a pas constitué avocat en appel : aucun moyen n'a été opposé à la banque, qui a donc emporté le plafond sans contradicteur. Plusieurs leviers restaient disponibles. D'abord la contestation de l'assiette : rien n'obligeait à admettre que les trois encours de cartes Gold Business relevaient du solde garanti, faute d'historique complet du compte et de ventilation des agios. Ensuite l'information annuelle de la caution, dont le défaut prive la banque des intérêts. Ensuite la disproportion de l'engagement au regard du patrimoine du gérant en mai 2019, moyen qui suppose de produire avis d'imposition et état patrimonial. Enfin la durée de dix ans de l'acte, qui imposait de vérifier la date de naissance de chaque poste réclamé. Aucun de ces points n'a été débattu.

Questions fréquentes

La banque peut-elle me réclamer plus que le plafond écrit dans mon acte de caution ?

Non, pas au titre de la dette garantie. Si l'acte prévoit un plafond couvrant le principal, les intérêts et les intérêts de retard, la condamnation ne peut le dépasser, même si la dette réelle de la société est supérieure. En revanche, les frais de procédure et l'article 700 s'ajoutent au-delà de ce plafond.

Les dépenses faites avec la carte bancaire de la société entrent-elles dans mon cautionnement ?

Oui, lorsque les cartes sont rattachées au compte garanti et que l'acte vise l'ensemble des engagements du débiteur envers la banque. Les encours de cartes professionnelles s'ajoutent alors au solde débiteur du relevé mensuel. La différence peut être considérable : un relevé à 3 300 € peut cacher une dette réelle supérieure à 17 000 €.

J'ai gagné en première instance, la banque fait appel : dois-je vraiment prendre un avocat ?

Oui. L'appel remet en cause la décision sur les points déférés. Si vous ne constituez pas avocat, la cour statue sur les seules pièces et arguments du créancier, et peut multiplier la condamnation. Devant la cour d'appel, la représentation par avocat est en principe obligatoire en matière commerciale.

Mon ancienne banque a été absorbée par une autre : le cautionnement tient-il toujours ?

Oui. La fusion-absorption transmet à la société absorbante l'ensemble du patrimoine de l'absorbée, créances et sûretés comprises. L'établissement venant aux droits du créancier initial peut donc poursuivre la caution. Vous pouvez en revanche exiger qu'il justifie de la chaîne de fusions par les procès-verbaux correspondants.

Qu'est-ce que la capitalisation des intérêts et puis-je m'y opposer ?

C'est le mécanisme par lequel les intérêts échus depuis au moins une année entière produisent eux-mêmes des intérêts. Elle est accordée de plein droit dès que le créancier la demande en justice : le juge ne peut pas la refuser par opportunité. Seule la contestation du principe ou du montant de la dette permet d'en limiter l'effet.

Mots-clés

cautionnement caution solidaire liquidation judiciaire recouvrement bancaire capitalisation des intérêts compte courant professionnel

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

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Avocat au Barreau de Paris · Droit des affaires

Spécialisé en droit des affaires, procédures collectives et contentieux commercial, Maître Maruani accompagne les dirigeants et entreprises dans leurs litiges et stratégies juridiques.

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