PROCÉDURES COLLECTIVES

Infirmation d'une liquidation judiciaire pour une société de fibre optique en croissance constante

13 mai 2025 7 min de lecture LIQUIDATION JUDICIAIRE INFIRMÉE

CA Versailles, 13 mai 2025, n° RG 24/07842

Par arrêt du 13 mai 2025, la Cour d'appel de Versailles a infirmé un jugement de liquidation judiciaire et ouvert un redressement judiciaire. Notre client, société spécialisée dans l'installation de fibres optiques, avait été placée en liquidation sur assignation de l'URSSAF. JEM-AVOCAT a obtenu l'infirmation en démontrant une activité en croissance constante, des charges maîtrisées et des clients récurrents garantissant la pérennité de l'activité.

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani Avocat au Barreau de Paris

Première instance

Liquidation judiciaire

Cour d'appel

Redressement judiciaire

Les faits de l'espèce

Notre client, société spécialisée dans les travaux d'installation de fibres optiques, intervient en direct et emploie 8 salariés.

Le 24 octobre 2024, l'URSSAF d'Île-de-France a assigné notre client devant le tribunal de commerce de Nanterre aux fins d'ouverture d'une procédure collective, invoquant un arriéré de cotisations de plus de 400 000 euros.

Le passif total s'élevait à environ 470 000 euros : 417 894 euros de dettes échues (dette fiscale, URSSAF, Pro BTP) et 53 000 euros de dettes à échoir (PGE).

La décision de première instance

Par jugement réputé contradictoire du 11 décembre 2024, le tribunal de commerce de Nanterre a placé notre client en liquidation judiciaire, désigné le mandataire judiciaire en qualité de liquidateur et fixé la date de cessation des paiements au 12 juin 2023. Notre client expose ne pas avoir reçu l'assignation, expliquant l'absence du dirigeant à l'audience.

Le 17 décembre 2024, notre client a interjeté appel. Le 9 janvier 2025, le premier président de la Cour d'appel de Versailles a arrêté l'exécution provisoire, permettant la reprise de l'activité.

Les arguments développés par JEM-AVOCAT

Chiffre d'affaires en croissance : JEM-AVOCAT a démontré un chiffre d'affaires de 60 000 à 100 000 euros HT par mois, en augmentation constante. Les bilans attestaient d'un résultat net positif sur trois exercices : environ 21 000 euros (2021), 36 000 euros (2022) et 56 000 euros (2023).

Prévisionnel certifié : un prévisionnel d'environ 1 000 000 euros pour 2025 (résultat courant de 229 930 euros, produits de 877 145 euros) a été certifié par l'expert-comptable le 30 janvier 2025.

Clients récurrents : des courriels de [Client 1] confirmaient la poursuite de l'activité et les bons de commande signés ou en attente. Le prévisionnel de prestations avec deux clients récurrents s'élevait à 75 000 euros mensuels.

Charges maîtrisées : charges maximales de 50 000 euros par mois (principalement salaires). Les contrats de leasing cessaient en avril 2025. Pas d'avance de matière première, le client la fournissant.

JEM-AVOCAT a sollicité la dispense de nomination d'un administrateur judiciaire.

La solution retenue par la juridiction

Par arrêt réputé contradictoire du 13 mai 2025, la Cour d'appel de Versailles a infirmé le jugement.

Cessation des paiements : la date a été fixée au 13 novembre 2023 par application des articles L.641-1 IV et L.631-8 du code de commerce.

Perspectives de redressement : la Cour a retenu la poursuite effective de l'activité après l'arrêt de l'exécution provisoire, l'augmentation régulière du chiffre d'affaires, la réduction des charges, le prévisionnel de 75 000 euros mensuels avec deux clients récurrents, et les courriels confirmant la pérennité de l'activité. La Cour a conclu que le redressement n'était pas manifestement impossible « à la stricte condition d'une gestion saine et particulièrement rigoureuse ».

Avis du ministère public : favorable à l'infirmation (5 mars 2025).

La Cour a ouvert un redressement judiciaire avec période d'observation de trois mois, sans administrateur judiciaire, et fixé à huit mois le délai de dépôt de la liste des créances.

Les implications pratiques

L'arrêt de l'exécution provisoire comme levier : obtenu dès le 9 janvier 2025, il a permis la reprise effective de l'activité, constituant la preuve concrète de la viabilité devant la Cour d'appel.

Le poids du prévisionnel certifié : un prévisionnel certifié par l'expert-comptable et étayé par des bons de commande est un élément déterminant pour démontrer la capacité de redressement.

La condition de gestion rigoureuse : la Cour a subordonné sa conclusion à « une gestion saine et particulièrement rigoureuse », signalant au débiteur que la poursuite de la procédure est conditionnée à un changement de comportement.

L'absence de comparution du liquidateur : Le mandataire judiciaire n'a pas constitué avocat mais a adressé un courrier signalant l'absence de fonds et le défaut de contact du dirigeant. Cette absence n'a pas empêché la Cour de statuer en faveur du redressement.

Chronologie de l'affaire

24 octobre 2024

Assignation par l'URSSAF devant le TC de Nanterre

11 décembre 2024

Jugement : liquidation judiciaire

17 décembre 2024

Appel interjeté par notre client

9 janvier 2025

Arrêt de l'exécution provisoire

5 mars 2025

Avis favorable du ministère public

24 mars 2025

Audience devant la CA de Versailles

13 mai 2025

Arrêt : infirmation, ouverture du redressement judiciaire

Questions fréquentes sur cette décision

J'ai été liquidé sans avoir reçu l'assignation : que puis-je faire ?

L'appel reste ouvert. Dans cette affaire, notre client expose ne pas avoir reçu l'assignation de l'URSSAF, ce qui explique l'absence du dirigeant à l'audience du tribunal de commerce de Nanterre et le jugement réputé contradictoire du 11 décembre 2024. L'appel a été formé le 17 décembre et la cour d'appel de Versailles a infirmé la liquidation le 13 mai 2025.

Une entreprise rentable peut-elle être mise en liquidation judiciaire ?

Oui, si elle ne règle plus ses dettes exigibles. Dans cette affaire, la société affichait des résultats nets positifs sur trois exercices consécutifs, environ 21 000 euros en 2021, 36 000 euros en 2022 et 56 000 euros en 2023, mais un arriéré de cotisations supérieur à 400 000 euros a conduit le tribunal à prononcer la liquidation.

Peut-on redémarrer l'activité avant que l'appel ne soit jugé ?

Oui, si l'exécution provisoire est arrêtée. Dans cette affaire, le premier président de la cour d'appel de Versailles l'a arrêtée dès le 9 janvier 2025, ce qui a permis la reprise effective de l'activité. La cour a ensuite retenu cette poursuite réelle parmi les éléments démontrant que le redressement n'était pas manifestement impossible.

Quels documents convainquent une cour d'appel qu'une entreprise est viable ?

Des chiffres vérifiables et des engagements de clients. Dans cette affaire ont été produits un prévisionnel d'environ 1 000 000 euros pour 2025, certifié par l'expert-comptable le 30 janvier 2025, des bilans bénéficiaires sur trois exercices, ainsi que des courriels de clients récurrents confirmant la poursuite de l'activité et les bons de commande signés ou en attente.

La date de cessation des paiements fixée par le tribunal peut-elle être modifiée ?

Oui, la cour d'appel peut la reporter. Dans cette affaire, le tribunal de commerce de Nanterre l'avait fixée au 12 juin 2023 ; la cour d'appel de Versailles l'a fixée au 13 novembre 2023, par application des articles L.641-1 IV et L.631-8 du code de commerce. Ce report a été prononcé en même temps que l'infirmation de la liquidation.

Un administrateur judiciaire est-il toujours nommé ?

Non. Dans cette affaire, notre client avait sollicité la dispense de nomination d'un administrateur judiciaire, et la cour d'appel de Versailles a ouvert le redressement judiciaire sans administrateur, avec une période d'observation de trois mois et un délai de huit mois pour le dépôt de la liste des créances.

La cour peut-elle assortir sa décision d'une mise en garde ?

Elle peut l'écrire dans sa motivation. Dans cette affaire, la cour d'appel de Versailles a conclu que le redressement n'était pas manifestement impossible « à la stricte condition d'une gestion saine et particulièrement rigoureuse ». C'est un avertissement adressé au dirigeant : la poursuite de la procédure suppose un changement de comportement dans la conduite de l'entreprise.

Points clés à retenir

  • La Cour a infirmé la liquidation au vu d'une activité en croissance constante sur trois exercices
  • Un prévisionnel certifié d'environ 1 000 000 € et des bilans bénéficiaires ont été déterminants
  • L'arrêt de l'exécution provisoire a permis la reprise effective de l'activité avant l'appel
  • La Cour a conditionné le redressement à une gestion « saine et particulièrement rigoureuse »

Résultat obtenu

Infirmation — Redressement judiciaire ouvert

LIQUIDATION JUDICIAIRE INFIRMÉE

Référence :

CA Versailles, 13 mai 2025, n° RG 24/07842

Infirmation — Redressement judiciaire ouvert

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

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