Litiges commerciaux

Rejet intégral d'une demande de paiement de 16 274 € pour absence de preuve de livraison

10 avril 2018 16 274 € DEMANDE REJETÉE

Tribunal de commerce de Bobigny, 10 avril 2018, T. com. Bobigny, ch. 08, 10 avr. 2018, n° 2017F01719

Notre client, une société spécialisée dans l'expertise automobile, était assigné en paiement par le liquidateur judiciaire d'une société de vente de pièces détachées automobile. Ce dernier réclamait la somme de 16 273,98 € correspondant à cinq factures prétendument impayées, déduction faite de sept avoirs. La société en liquidation avait émis ces factures entre novembre 2014 et janvier 2015, mais notre client contestait avoir passé ces commandes et reçu les marchandises correspondantes.

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani Avocat au Barreau de Paris

Demande adverse

16 274 € réclamés au titre de factures prétendument impayées

Après jugement

Rejet total — Aucune condamnation de notre client

Le contexte du litige

Notre client, une société spécialisée dans l'expertise automobile, était assigné en paiement par le liquidateur judiciaire d'une société de vente de pièces détachées automobile. Ce dernier réclamait la somme de 16 273,98 € correspondant à cinq factures prétendument impayées, déduction faite de sept avoirs. La société en liquidation avait émis ces factures entre novembre 2014 et janvier 2015, mais notre client contestait avoir passé ces commandes et reçu les marchandises correspondantes.

La stratégie judiciaire du cabinet

Le cabinet a construit la défense sur le terrain de la charge de la preuve en application de l'article 1315 du Code civil. L'argumentation a mis en évidence que le liquidateur ne produisait que de simples factures, sans aucun bon de commande, bon de livraison signé, ni preuve de réception. Le cabinet a également relevé que les factures mentionnaient des « commandes web » dont l'existence n'était corroborée par aucun élément technique. Enfin, la situation financière précaire de la société facturante au moment des faits jetait un doute supplémentaire sur la réalité des prestations alléguées.

La décision du tribunal

Le tribunal a débouté le liquidateur de l'intégralité de ses demandes. La juridiction a relevé que le demandeur ne rapportait pas la preuve de l'envoi ni de la réception de la première mise en demeure, que les factures détaillées ne prouvaient pas que les commandes avaient été passées et livrées, et qu'aucun bon de livraison signé par notre client n'avait été produit. La demande reconventionnelle de notre client pour procédure abusive a toutefois été rejetée, faute de preuve d'un préjudice spécifique. Le liquidateur a été condamné aux dépens.

L'exigence probatoire en matière de créances commerciales

Cette décision rappelle que la production de factures seules ne suffit pas à établir l'existence d'une créance commerciale. Le créancier doit être en mesure de prouver la commande (bon de commande, échanges contractuels), la livraison (bon de livraison signé, récépissé) et, le cas échéant, l'acceptation tacite résultant d'un délai sans réclamation. Cette exigence s'impose d'autant plus lorsque le débiteur conteste formellement avoir passé les commandes en cause.

Les enseignements pratiques

Pour les entreprises confrontées à des demandes de paiement injustifiées, cette décision confirme que la contestation active et argumentée sur le terrain probatoire peut conduire au rejet total des prétentions adverses. Il est essentiel de contester les factures dès leur réception et de ne jamais reconnaître la dette, même partiellement, afin de préserver ses moyens de défense devant le tribunal.

Chronologie de l'affaire

Novembre 2014 — Janvier 2015

Émission des factures litigieuses par la société en difficulté

22 décembre 2014

Ouverture du redressement judiciaire de la société facturante

12 mars 2015

Première mise en demeure du liquidateur (AR non prouvé)

30 octobre 2017

Assignation de notre client devant le Tribunal de commerce de Bobigny

10 avril 2018

Jugement déboutant intégralement le liquidateur

Questions fréquentes sur cette décision

On me réclame le paiement de factures que je n'ai jamais commandées : que faire ?

Contestez, car la preuve pèse sur celui qui réclame. Dans cette affaire, la défense a été construite sur la charge de la preuve, en application de l'article 1315 du code civil : le demandeur ne produisait que des factures, sans bon de commande ni bon de livraison signé. Le tribunal l'a débouté de l'intégralité de ses demandes.

Une facture suffit-elle à prouver que je dois de l'argent ?

Non. Le tribunal a jugé ici que des factures, même détaillées, ne prouvaient pas que les commandes avaient été passées et livrées. Le créancier doit établir la commande, par un bon de commande ou des échanges contractuels, et la livraison, par un bon de livraison signé ou un récépissé. Rien de tel n'avait été produit.

Le liquidateur d'une société en faillite me réclame des sommes : a-t-il plus de droits qu'un créancier ordinaire ?

Non, il doit apporter les mêmes preuves. Ici, le liquidateur judiciaire d'une société de vente de pièces détachées réclamait 16 273,98 euros au titre de cinq factures, sept avoirs déduits. Faute de démontrer l'existence des commandes et la livraison des marchandises, il a été débouté intégralement et condamné aux dépens.

Les factures mentionnent des commandes passées en ligne : comment les contester ?

En exigeant les éléments techniques qui les corroborent. Dans cette affaire, les factures faisaient état de « commandes web » dont l'existence n'était étayée par aucun élément : ni trace de la commande, ni preuve de réception des marchandises. Une mention portée par le créancier sur sa propre facture ne vaut pas preuve contre le client.

Faut-il contester une facture dès sa réception, même si on espère un arrangement ?

Oui, c'est le réflexe décisif. La défense repose sur une contestation formelle et constante : il ne faut jamais reconnaître la dette, même partiellement, sous peine d'affaiblir ses moyens devant le tribunal. Dans cette affaire, la juridiction a aussi relevé que le demandeur ne prouvait ni l'envoi ni la réception de sa première mise en demeure.

Si je gagne, mon adversaire est-il condamné pour procédure abusive ?

Pas automatiquement. Ici, malgré le rejet intégral de la demande de 16 274 euros, la demande reconventionnelle de notre client pour procédure abusive a elle aussi été rejetée, faute de preuve d'un préjudice spécifique. Le liquidateur a seulement été condamné aux dépens. Gagner sur le fond ne suffit donc pas à obtenir une indemnisation du désagrément subi.

Points clés à retenir

  • Rejet intégral de la demande de 16 274 € faute de preuve de livraison
  • Simples factures insuffisantes à établir l'existence de la créance
  • Absence de bon de commande et de bon de livraison signé par notre client
  • Liquidateur condamné aux dépens de l'instance

Résultat obtenu

Rejet intégral de la demande — Notre client débouté de la demande reconventionnelle pour procédure abusive

16 274 € DEMANDE REJETÉE

Référence :

Tribunal de commerce de Bobigny, 10 avril 2018, T. com. Bobigny, ch. 08, 10 avr. 2018, n° 2017F01719

Rejet intégral de la demande — Notre client débouté de la demande reconventionnelle pour procédure abusive

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

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