LITIGES COMMERCIAUX

Référé provision : un dossier de preuve complet fait écarter toute contestation sérieuse

19 août 2026 5 min de lecture 67 455 € DE PROVISION OBTENUS

TAE Paris, 19 août 2026, n° RG 2026055206

Par ordonnance du 19 août 2026, le juge des référés du Tribunal des activités économiques de Paris a condamné une société au paiement de 67 455,01 euros à titre de provision, outre 160 euros d'indemnité forfaitaire de recouvrement et 2 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile. La partie défenderesse n'a pas comparu. Cette absence n'est pas une victoire acquise : l'article 472 du code de procédure civile impose au juge de ne faire droit à la demande que dans la mesure où il l'estime régulière, recevable et bien fondée. Un dossier incomplet se solde alors par un renvoi, voire par un rejet. C'est la raison pour laquelle la demande avait été construite pour être vérifiable pièce par pièce.

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani Avocat au Barreau de Paris

Factures impayées

67 455 €

Provision obtenue

67 455 €

Les faits de l'espèce

Notre client, prestataire de transport, entretenait une relation commerciale suivie avec une société cliente depuis décembre 2023.

Quatre factures sont demeurées impayées : la facture n° 23 du 31 mars 2026 pour 20 700 euros TTC, la facture n° 36 du 30 avril 2026 pour 20 662,35 euros TTC, la facture n° 45 du 31 mai 2026 pour 25 217,70 euros TTC et la facture n° 49 du 7 juin 2026 pour 1 574,96 euros TTC, sous déduction d'un avoir de 700 euros consenti le 17 avril 2026.

Soit un solde de 67 455,01 euros. Un échange de courriels entre le 4 et le 9 juin 2026 est resté sans règlement.

La stratégie : rendre la créance vérifiable

Dans une relation commerciale ancienne, entretenue en partie par messages et réglée par versements successifs, la difficulté n'est pas de produire des factures : c'est de démontrer lesquelles ont été payées et lesquelles ne l'ont pas été. C'est précisément là que naît la contestation sérieuse qui fait échapper l'affaire au juge des référés.

JEM-AVOCAT a donc versé aux débats, outre les quatre factures et l'avoir :

  • les captures d'écran des messages justifiant la relation commerciale et les commandes ;
  • l'historique des factures réglées de décembre 2023 à février 2026 ;
  • les relevés bancaires du compte de notre client, de décembre 2023 à mai 2026 ;
  • les relevés de paiement par carte bancaire de 2023 et 2024 ;
  • un tableau de rapprochement entre factures et paiements ;
  • l'échange de courriels des 4 au 9 juin 2026.

Le tableau de rapprochement est la pièce décisive : il permet au juge de suivre, ligne à ligne, ce qui a été facturé et ce qui a été encaissé sur deux ans et demi, et de constater que le solde réclamé est exactement ce qui reste.

La demande subsidiaire, et pourquoi elle n'a pas servi

L'assignation comportait une demande subsidiaire : si le juge estimait sérieusement contestable la part de la facture n° 45 correspondant à des trajets de Lyon, la provision serait ramenée à 66 269,86 euros.

Cette précaution est classique : elle évite qu'une discussion sur un poste secondaire n'emporte le rejet de l'ensemble.

Elle n'a pas eu à jouer. Le juge a accordé la demande principale, dans son intégralité.

La solution retenue par la juridiction

Le juge des référés a d'abord rappelé qu'en l'absence de la partie défenderesse, il ne pouvait faire droit à la demande que dans la mesure où il l'estimait régulière, recevable et bien fondée, conformément à l'article 472 du code de procédure civile. Il a relevé n'identifier aucune fin de non-recevoir à soulever d'office.

Il a ensuite énuméré, une à une, les pièces produites, avant de conclure qu'« il apparaît, à l'examen des pièces versées aux débats et des explications fournies à la barre, que l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable ».

Au visa des articles 872 et 873 du code de procédure civile, de l'absence de contestation sérieuse et de l'urgence pour le débiteur, et de l'article L. 441-10 du code de commerce, il a condamné la société au paiement de 67 455,01 euros à titre de provision, augmentés des intérêts de retard au taux contractuel de trois fois le taux de l'intérêt légal à compter de l'échéance de chaque facture.

Il y a ajouté 160 euros d'indemnité forfaitaire de recouvrement, à raison de 40 euros par facture, 2 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile et les dépens.

Chronologie de l'affaire

Décembre 2023

Début de la relation commerciale

31 mars — 7 juin 2026

Quatre factures impayées, 67 455,01 € après avoir

17 avril 2026

Avoir de 700 € consenti au client

4 au 9 juin 2026

Échange de courriels resté sans règlement

2 juillet 2026

Assignation en référé devant le TAE de Paris

19 août 2026

Ordonnance : provision de 67 455,01 €, demande principale accordée

Questions fréquentes sur cette décision

Mon client ne se présente pas au tribunal : ai-je gagné d'avance ?

Non. L'article 472 du code de procédure civile oblige le juge à ne faire droit à la demande que s'il l'estime régulière, recevable et bien fondée. Un dossier incomplet se solde alors par un renvoi, voire par un rejet. Dans cette affaire, la société défenderesse n'a pas comparu et la demande a néanmoins dû être prouvée pièce par pièce.

Comment prouver ce qui reste dû quand le client a payé par versements pendant des années ?

En rapprochant chaque facture de chaque paiement. Le dossier comprenait l'historique des factures réglées de décembre 2023 à février 2026, les relevés bancaires de décembre 2023 à mai 2026, les relevés de paiement par carte, et un tableau de rapprochement permettant de suivre ligne à ligne ce qui a été facturé et ce qui a été encaissé.

Des messages ou des captures d'écran peuvent-ils prouver une commande ?

Ils peuvent y contribuer. Dans cette affaire, la relation commerciale était entretenue en partie par messages, et les captures d'écran justifiant les commandes ont été versées aux débats avec les factures, les relevés bancaires et un échange de courriels. Le juge les a énumérées parmi les pièces fondant sa décision.

Combien de temps prend un référé provision ?

Il peut être très rapide quand le dossier se tient. Ici, l'assignation a été délivrée le 2 juillet 2026 devant le tribunal des activités économiques de Paris et l'ordonnance rendue le 19 août 2026. L'affaire a été tranchée à l'audience, sans renvoi, ce qui est précisément l'intérêt de cette voie.

Qu'est-ce qu'une contestation sérieuse qui ferait échouer un référé ?

C'est un doute réel sur la créance, qui impose de renvoyer l'affaire à un débat au fond. Dans une relation commerciale ancienne réglée par versements successifs, elle naît souvent de l'incertitude sur ce qui a déjà été payé. Ici, le juge a conclu que l'existence de l'obligation n'était pas sérieusement contestable.

Faut-il prévoir une demande de repli, moins élevée, au cas où ?

C'est une précaution courante. L'assignation prévoyait qu'à défaut, la provision serait ramenée à 66 269,86 euros si le juge estimait contestable la part d'une facture correspondant à des trajets de Lyon. Elle évite qu'une discussion sur un poste secondaire n'emporte le rejet de l'ensemble. Ici, elle n'a pas eu à jouer : la demande principale a été accordée.

Peut-on réclamer des pénalités en plus des factures impayées ?

Oui. Au principal de 67 455,01 euros se sont ajoutés les intérêts de retard au taux contractuel de trois fois le taux de l'intérêt légal, courant depuis l'échéance de chaque facture, ainsi que 160 euros d'indemnité forfaitaire de recouvrement, à raison de 40 euros par facture, et 2 000 euros au titre de l'article 700.

Points clés à retenir

  • La non-comparution du débiteur n'emporte pas condamnation : l'article 472 du code de procédure civile impose au juge de vérifier que la demande est régulière, recevable et bien fondée
  • Le tableau de rapprochement entre factures et paiements, appuyé sur deux ans et demi de relevés bancaires, est ce qui rend une créance non sérieusement contestable
  • La demande principale a été accordée, et non la demande subsidiaire réduite à 66 269,86 € : aucune part de la créance n'a été jugée discutable
  • L'affaire a été tranchée à l'audience, sans renvoi, ce qui est l'intérêt même de la voie du référé
  • L'indemnité forfaitaire de 40 € par facture et les intérêts au taux contractuel s'ajoutent de plein droit au principal

Résultat obtenu

Provision de 67 455,01 € + 160 € d'indemnité forfaitaire + 2 000 € au titre de l'article 700 + dépens

67 455 € DE PROVISION OBTENUS

Référence :

TAE Paris, 19 août 2026, n° RG 2026055206

Provision de 67 455,01 € + 160 € d'indemnité forfaitaire + 2 000 € au titre de l'article 700 + dépens

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

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