PROCÉDURES COLLECTIVES

Conversion d'une liquidation judiciaire en redressement judiciaire pour un bar-restaurant parisien

20 novembre 2018 LIQUIDATION JUDICIAIRE INFIRMÉE

CA Paris, pôle 5, chambre 8, 20 novembre 2018, N° RG 18/15319

Notre client exploitait un bar-restaurant à Paris (9e arrondissement). L'URSSAF, se prévalant d'une créance de 52 456 €, avait obtenu du tribunal de commerce de Paris l'ouverture directe d'une procédure de liquidation judiciaire le 6 juin 2018, la date de cessation des paiements étant fixée au 6 décembre 2016. Le dirigeant n'avait pas pu se présenter à l'audience et avait justifié son absence par courriel au greffe, mais le tribunal avait statué en son absence sans rechercher si un redressement était envisageable.

Maître Jeremy Maruani
Maître Jeremy Maruani Avocat au Barreau de Paris

Situation initiale

Liquidation judiciaire prononcée

Après intervention

Redressement judiciaire avec période d'observation

Les faits de l'espèce

Notre client exploitait un bar-restaurant à Paris (9e arrondissement). L'URSSAF, se prévalant d'une créance de 52 456 €, avait obtenu du tribunal de commerce de Paris l'ouverture directe d'une procédure de liquidation judiciaire le 6 juin 2018, la date de cessation des paiements étant fixée au 6 décembre 2016. Le dirigeant n'avait pas pu se présenter à l'audience et avait justifié son absence par courriel au greffe, mais le tribunal avait statué en son absence sans rechercher si un redressement était envisageable.

L'arrêt de l'exécution provisoire

Le cabinet a immédiatement relevé appel le 18 juin 2018 et saisi le Premier président de la cour d'appel de Paris d'une demande d'arrêt de l'exécution provisoire. Par ordonnance du 4 octobre 2018, le délégataire du Premier président a arrêté l'exécution provisoire du jugement de liquidation, le ministère public s'étant déclaré favorable à cette mesure. Cette étape a été cruciale pour empêcher la poursuite des opérations de liquidation pendant l'appel.

Les arguments développés par JEM-AVOCAT

Le cabinet a produit les comptes annuels démontrant que la société avait réalisé des résultats bénéficiaires depuis sa création : chiffre d'affaires de 485 983 € en 2015 et 394 394 € en 2016, avec des résultats nets de 36 569 € et 71 594 €. L'emprunt de création (2 415 €/mois) ayant été intégralement remboursé en février 2018, la capacité de remboursement était accrue. Le compte prévisionnel établi par l'expert-comptable projetait un résultat de 82 676 € sur un chiffre d'affaires de 289 000 €. Le passif identifié se limitait à la créance URSSAF de 52 456 €.

La solution retenue par la juridiction

La cour d'appel de Paris a infirmé le jugement en ce qu'il avait ouvert une procédure de liquidation judiciaire. Constatant que la société ne contestait pas la cessation des paiements mais soutenait pouvoir se redresser, la cour a retenu que les résultats bénéficiaires constants, la fin du remboursement de l'emprunt et les projections de l'expert-comptable établissaient qu'un redressement n'était pas manifestement impossible. Une procédure de redressement judiciaire a été substituée à la liquidation, avec ouverture d'une nouvelle période d'observation de trois mois.

Les implications pratiques

Cette décision démontre qu'il est possible d'obtenir la conversion d'une liquidation judiciaire en redressement judiciaire en appel, à condition de produire des éléments comptables solides établissant la viabilité de l'activité. L'obtention préalable de l'arrêt de l'exécution provisoire est une étape stratégique essentielle pour préserver l'entreprise pendant l'appel. Le critère légal est celui de l'impossibilité manifeste du redressement : en cas de doute, le redressement doit être préféré à la liquidation. Le soutien du ministère public, tant devant le Premier président que devant la cour, a été un facteur favorable.

Chronologie de l'affaire

6 juin 2018

Jugement de liquidation judiciaire prononcé en l'absence du dirigeant

18 juin 2018

Déclaration d'appel par le cabinet

4 octobre 2018

Arrêt de l'exécution provisoire par le Premier président

15 octobre 2018

Audience de plaidoirie devant la cour d'appel

20 novembre 2018

Arrêt convertissant la liquidation en redressement judiciaire

Questions fréquentes sur cette décision

L'URSSAF peut-elle faire liquider ma société pour des cotisations impayées ?

Oui. Dans cette affaire, l'URSSAF, se prévalant d'une créance de 52 456 euros, a obtenu du tribunal de commerce de Paris l'ouverture directe d'une liquidation judiciaire, sans passage par un redressement. Le passif identifié se limitait pourtant à cette seule créance, pour une société dont les comptes étaient bénéficiaires depuis sa création.

Peut-on transformer une liquidation judiciaire en redressement judiciaire ?

Oui, en appel. La cour d'appel de Paris a infirmé le jugement en ce qu'il avait ouvert une liquidation et lui a substitué un redressement judiciaire, assorti d'une nouvelle période d'observation de trois mois. Le critère légal est celui de l'impossibilité manifeste du redressement : en cas de doute, le redressement doit être préféré à la liquidation.

Je n'ai pas pu me rendre à l'audience : le tribunal pouvait-il statuer sans moi ?

Il l'a fait. Le dirigeant avait justifié son absence par courriel adressé au greffe, et le tribunal a prononcé la liquidation sans rechercher si un redressement était envisageable. C'est précisément ce que l'appel a permis de corriger : la cour a examiné les comptes de la société et retenu que l'exploitation restait viable.

Faut-il contester être en cessation des paiements pour éviter la liquidation ?

Pas nécessairement. Dans cette affaire, la société ne contestait pas sa cessation des paiements : elle soutenait pouvoir se redresser. C'est cette seule démonstration qui a emporté la conviction de la cour. Reconnaître la difficulté tout en établissant la viabilité de l'activité constitue une position de défense distincte de la contestation frontale.

Quels documents convainquent une cour d'appel que l'activité est viable ?

Des chiffres vérifiables. Le cabinet a produit les comptes annuels — 485 983 euros de chiffre d'affaires en 2015 et 394 394 euros en 2016, pour des résultats nets de 36 569 et 71 594 euros —, la preuve du remboursement intégral de l'emprunt de création en février 2018, et un prévisionnel d'expert-comptable projetant 82 676 euros de résultat.

Pourquoi demander l'arrêt de l'exécution provisoire avant de plaider l'appel ?

Parce que sans elle, les opérations de liquidation se poursuivent pendant toute la durée de l'appel. L'ordonnance du 4 octobre 2018, rendue par le délégataire du premier président, a empêché cette poursuite et préservé l'entreprise jusqu'à l'arrêt du 20 novembre 2018 qui a substitué un redressement à la liquidation. L'étape est stratégique autant que procédurale.

Le ministère public joue-t-il un rôle dans ce type de dossier ?

Oui, et son avis pèse. Dans cette affaire, le ministère public s'est déclaré favorable à l'arrêt de l'exécution provisoire devant le premier président, puis à la conversion devant la cour d'appel. Ce soutien a été relevé comme un facteur favorable, aux côtés des éléments comptables produits par le cabinet.

Points clés à retenir

  • Liquidation judiciaire convertie en redressement judiciaire en appel
  • Arrêt de l'exécution provisoire obtenu auprès du Premier président
  • Passif limité à 52 456 € pour une société aux résultats bénéficiaires
  • Ministère public favorable à la conversion en redressement

Résultat obtenu

Liquidation convertie en redressement judiciaire

LIQUIDATION JUDICIAIRE INFIRMÉE

Référence :

CA Paris, pôle 5, chambre 8, 20 novembre 2018, N° RG 18/15319

Liquidation convertie en redressement judiciaire

Avertissement : Cet article a une vocation d'information générale et ne saurait constituer un avis juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous invitons à consulter un avocat pour obtenir des conseils adaptés à votre cas particulier.

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